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LITTERATURE ORIENTALE

L'histoire littéraire de la Chine remonte à trois mille ans. Elle se distingue particulièrement par sa poésie, qui est généralement chantée et accompagnée de musique. La littérature chinoise a influencé profondément celle du Japon qui, malgré son histoire plus brève, se glorifie de posséder de grandes œuvres dans les domaines de la poésie, du théâtre et du roman.

La littérature chinoise.


Les premiers écrits chinois sont des inscriptions rituelles datant de la dynastie Shang (XVIIIe siècle-1025 av. notre ère). Parmi les classiques confucéens se distinguent le Livre des mutations (Yi-king), qui traite de la divination, le Livre des documents (Chou-king), le Mémorial des rites (Li-king), le Livre des Vers (Che-king), et les Annales des printemps et automnes. D'après la tradition Tchéou, c'est Confucius (vers 551-479 av. J.-C.) lui-même qui aurait édité ces annales. Son enseignement donna lieu, sous les dynasties Han et Song, à de multiples exégèses philosophiques qui devinrent elles-mêmes des classiques confucéens.
Le plus célèbre poète de la Chine antique fut K'iu Yuan (IVe - IIIe siècle av. notre ère), dont l'œuvre — de forme allégorique et influencée par le chamanisme — fut recueillie dans une anthologie poétique, les Élégies du pays du Chu, ou Chuci. Le Che-king et le Chuci servirent de référence à la tradition poétique ultérieure. La forme poétique kou t'i, ou «style antique», de la période Han (206 av. J.-C.-220) fit place au «nouveau style» liu-che, caractérisé par des «strophes régulées», de la période Tang, et assujetti à une métrique stricte. Au tir siècle, la poésie adopta une forme plus philosophique et intellectuelle grâce à l'influence du taoïsme.
La dynastie Tang (618-907) coïncida avec l'âge d'or de la poésie chinoise et produisit deux de ses plus grands poètes : Du Fu (712-770) et Li T'ai Po (Li Bo) (701-762). La plupart des poèmes de Du Fu relatent avec nostalgie la courte période qu'il passa à la cour impériale et traitent de l'injustice sociale et de la souffrance engendrées par les conflits civils. La poésie de Li T'ai Po, taoïste bohème et amateur de vin, révèle une personnalité exaltée aux humeurs changeantes. La poésie de la période Tang se distingue par l'émergence de nouvelles formes de liu-che, caractérisées plus par une certaine intonation que par un nombre de vers et de syllabes précis. La maîtrise de cette forme de poésie représentait, du point de vue social et professionnel, une qualité indispensable aux gentilshommes ambitieux.
La poésie de la période Song (960-1279) fut dominée par un genre nouveau, le ts'eu, poème composé de vers de longueurs irrégulières spécialement écrits pour un air déterminé, qui émergea initialement à l'époque Tang. À l'époque des Yuan (1279-1368) apparut le san k'iu, ou «chant non dramatique», mélodie poétique soumise à des motifs de tons stricts. Il conserva sa popularité sous les dynasties des Ming (1368-1644) et des Ch'ing (1644-1911).
Tandis qu'un grand nombre de formes théâtrales populaires coexistaient depuis l'époque Song, la littérature dramatique chinoise s'épanouit pendant la période Yuan. Un nouveau genre de spectacle se développa, dont l'exemple type est le Pavillon de l'Ouest de Wang Che-fou (vers 1250-1337). Il était généralement composé de chansons et de dialogues écrits dans une langue proche de la langue parlée de l'époque. Des drames poétiques contenant jusqu'à quarante scènes et différentes intrigues — les tch'ouan-k'i, ou «contes du mystère» — acquirent au temps des Ming une grande popularité. Il fallut attendre la fin du XVIIIe siècle pour que l'Opéra populaire de Pékin émerge comme forme théâtrale distincte.
À partir du XIIe siècle, le conte oral devint extrêmement populaire. La profession de conteur était alors organisée en guildes. À cette époque, la littérature orale jouissait d'un plus grand respect que les textes manuscrits. De la littérature populaire anecdotique émergèrent, au XIVe siècle, des nouvelles, des ballades religieuses et des récits d'aventures héroïque-somme Au bord de l'eau, attribué à Luo Ouanzhong (XIVe siècle). Au XVIIIe siècle, le roman devint plus raffiné : le Rêve dans un pavillon rouge de Cao Xueqin (v. 1715-1763), par exemple, relate le déclin d'une famille chinoise de haut rang.
Les sujets et les styles traditionnels ne furent pas remis en question avant les premières décennies du XXe siècle. Les auteurs russes prérévolutionnaires et le dramaturge norvégien Ibsen exercèrent alors une forte impression sur la fiction chinoise, comme en témoigne l'œuvre de Ba Jin (ou Pa Kin) (né en 1904), auteur de plusieurs romans où il analyse les aspirations de la jeunesse (Famille, en 1933, ou Printemps en 1938). Après la fondation de la République populaire de Chine en 1949, l'ensemble des arts, et la littérature en particulier, dut se plier aux règles du réalisme socialiste.

La littérature japonaise


Les débuts de la littérature japonaise remontent à l'époque de Nara (710-784). Diverses chroniques sont alors écrites en caractères chinois, telles le Kojiki, ou Registres des choses anciennes, publié en 712, et le Nihongi, ou Fastes du Nippon, en 720. L'apogée littéraire de la période de Nara est certainement le Manyo-shu, ou Recueil des dix mille feuilles, anthologie de 4 496 poèmes dont 4 173 sont des exemples de tanka, poème de cinq lignes et de trente et une syllabes rapportant un événement ou un état d'âme.
L'œuvre la plus connue de la période de Heian (794-1185) est le Dit du Genji, écrit aux environs de l'an 1000 par une femme Murasaki Shikibu (v. 978- 1014). Considéré comme un chef-d’œuvre de la prose narrative au Japon — et probablement premier vrai roman de la littérature mondiale —, ce livre a profondément influencé la littérature japonaise. Son langage et son style unifièrent les traditions anciennes du conte et il servit de modèle aux romans courtois jusqu'au XVe siècle. Au milieu de l'époque Heian se développa une prose écrite par des femmes dont le modèle est Notes de chevet de Sei Shonagon (v. 965-1020), sorte d'autobiographie romancée.
La période de Kamakura (1185-1333) produisit la troisième grande anthologie de la poésie japonaise. Compilé par six éditeurs entre 1201 et 1205, le Shin-kokin-shu est considéré par beaucoup comme l'apogée de la composition du tanka.
Les œuvres les plus raffinées du xve siècle sont les pièces du théâtre nô. Écrites dans une forme de poésie élaborée, la majorité d'entre elles reflètent l'idéologie du détachement spirituel propre au bouddhisme zen. Les idéaux du théâtre nô sont le mystère et la profondeur. Ils invoquent un monde invisible à travers des paroles et des mouvements très stylisés dans un minimum de décors. La plupart des pièces nô jouées aujourd'hui datent de l'époque de Muromachi (1336-1573). Au cours des XVIe et XVIIe siècles se développèrent le bunraku, spectacle de marionnettes, et le kabuki, théâtre populaire. Fondé sur des légendes héroïques de l'histoire du Japon, le kabuki présente une intrigue plus condensée que celle du nô. Il est toujours populaire dans le Japon actuel.
Durant la période des Tokugawa (1603- 1867), le Japon se ferma au monde extérieur, ce qui encouragea une littérature introvertie. La forme poétique du haïku se développe et commence à remplacer le genre plus ancien du tanka. Le haïku est un poème de trois vers et de dix-sept syllabes apparu au début du XVIe siècle, issu d'une forme plus longue, le waka. Matsuo Basho (1644-1694), son maître incontesté, dont les poèmes reflètent le silence et la solitude qu'il a trouvés dans la nature, transforma le haïku en une forme littéraire indépendante. Basho est aussi connu pour son livre de voyage, la Sente étroite du bout du monde.
De nombreux romans furent composés au cours du XVIIe siècle, notamment Un voluptueux (1682) d'Ihara Saikaku (1642-1693), récit des aventures sexuelles d'un homme, de son enfance à sa vieillesse. Les romans de Saikaku, qui décrivent son époque de façon très réaliste, reflètent l'intérêt croissant de la bourgeoisie pour la période du shogunat.
L'ouverture du Japon vers l'Occident au milieu du XIXe siècle et la modernisation qui s'ensuivit provoquèrent un conflit entre les écrivains traditionalistes et les modernistes. Futabatei Shimei (1864- 1909) écrivit le premier roman moderne japonais, Nuages flottants (1887-1889), influencé par la littérature russe et rédigé dans une langue familière.
Le plus connu des écrivains contemporains du Japon est Yukio Mishima (1925-1970), grand admirateur du traditionalisme nippon. Ses romans, dont le Pavillon d'or (1956) et la tétralogie de la Mer de fertilité (1965-1970), illustrent les thèmes de l'homosexualité et de la mort. Mishima prônait également le retour aux valeurs militaires éternelles. Il se suicida en 1970.

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