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NANA.


Roman d'Émile Zola (1840-1902), publié en 1879. Ce roman est le neuvième de la série des Rougon-Macquart.

Anna Coupeau, fille de la blanchisseuse Gervaise et d'un père alcoolique (personnages principaux de l'Assommoir), est, une créature superbe, faite pour le luxe et le plaisir. Nous faisons sa connaissance alors qu'elle vient de débuter aux Variétés dans une mauvaise opérette : « La Vénus blonde ». Sa voix est fausse, ses talents de comédienne nuls, mais sa beauté si provocante qu'elle devient vite un objet de convoitise. Entretenue d'abord par Steiner, un banquier véreux, elle le quittera bientôt pour se mettre en ménage avec la comédien Fontan, brute épaisse qui la rosse et finira par l'abandonner. Alors, puisque personne ne l'aime et qu'elle n'aime personne, elle pratiquera totalement son métier de courtisane, ruinant tout à tour ceux qui la désirent : l'élégant Vandeuvre, Puis La Faloise, viveur stupide et pédant, puis le capitaine Hugon qui volera pour elle, jusqu'à son frère George, jeune garçon timide et maladroit qui se suicidera de désespoir. Mais la liaison avec le comte Muffat, chambellan de l'Empereur. personnage timide et bigot, sera peut-être la plus honteuse et la plus pitoyable. Elle le mène comme son serviteur, se plaisant à l'humilier en public, puis se donnant à lui dans l'espoir d'en tirer des bénéfices considérables.

Nana, vite écœurée par cette société de jouisseurs, se retire dans un hôtel construit à grands frais par le comte. Elle s'y enferme avec lui dans une sorte de fidélité provisoire. Le luxe provocant dans lequel elle vit, finit par lui donner complètement le goût de la destruction. elle oppose et humilie les hommes qui l'entourent, en leur révélant les infidélités de leurs femmes, — en particulier celle du comte qui le trompe avec le journaliste Fauchers. Comme une idole jamais satisfaite, elle assiste à cette débâcle qui est en même temps la sienne, mais elle aura eu au moins le suprême bonheur de pouvoir venger, à sa manière, le peuple sur l'aristocratie. Elle finira dans une sordide chambre d'hôtel, emportée par une horrible maladie. Et tandis que son cadavre se putréfie, des clameurs retentissent dans les rues : c'est la déclaration de guerre à la Prusse. Ainsi disparaît Nana et la fausse splendeur d'une société corrompue par le vice.

Ce roman est moins la peinture cruelle et audacieuse d'une courtisane que celle d'une société qui retrouvait ses propres faiblesses en elle. Zola a donné au personnage de Nana un relief et une vérité saisissante, ne craignant pour cela ni la vulgarité, ni l'obscénité. En dépit de certains excès de langage, ce livre demeurera une des œuvres maîtresses du romancier.