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MÉMOIRES D'HADRIEN.

 

 Roman historique de l'écrivain français Marguerite Yourcenar (1903-1987), publié en 1951.

En l'an 138 de notre ère, s'éteint l'empereur Hadrien. Une grande page de l'histoire romaine vient d'être tournée. L'Empire romain a connu sa gloire la plus grande. La paix romaine s'étend sur de vastes territoires. Dans les derniers jours de sa vie, Hadrien adresse une longue épître, sorte de testament humain et politique, à Marc-Aurèle, son petit-fils adoptif, son futur successeur : tel est le prétexte du roman de Marguerite Yourcenar. Ce livre, où Hadrien s'exprime à, la première personne, est un roman historique. L'Empereur, personnage complexe, d'une grande intelligence et d'une remarquable lucidité, évoque les différentes étapes de sa vie. Jeune patricien d'origine espagnole mais de culture hellénique, il guerroie aux côtés de Trajan. Avec l'expédition d'Asie, l'Empire romain connaît son extension territoriale maximum. Mais cette campagne pénible et difficile use les dernières forces de l'empereur Trajan. Hadrien prend le pouvoir. Avec sagesse il renonce à une partie de ces conquêtes incertaines que maintiennent péniblement les maigres garnisons des « limes ». Voyageur infatigable, il s'emploie à consolider l'Empire au cours d'un long périple dans les provinces romaines. Administrateur attentif et légiste averti, il s'efforce de mettre en place ou d'améliorer les structures économiques et juridiques de ces vastes territoires. - L'évocation historique, documentée et fidèle, étonnamment vivante, transformée par l'invention poétique, permet à Marguerite Yourcenar de saisir et de recréer un personnage fascinant et prestigieux, mort il y a dix-huit siècles. Car le charme de cet ouvrage et sa beauté poétique naissent de l'évocation vraie et émouvante, délicate et précise, de l'empereur Hadrien. Avoir pu faire revivre avec une telle force ce personnage complexe et attachant est la grande réussite de ce livre.

Ce roman fut commencé il y a plus de vingt ans. De patientes recherches historiques, de nombreuses visites sur les lieux où vécut Hadrien, une sympathie profonde pour son sujet associée à une vive sensibilité ont permis à l'auteur de revivre en quelque sorte de l'intérieur la vie de l'Empereur disparu. « Un pied dans l'érudition, l'autre dans la magie, ou plus exactement, et sans métaphore. dans cette magie sympathique qui consiste à se transporter en pensée à l'intérieur de quelqu'un », écrit Marguerite Yourcenar dans son carnet de notes des Mémoires d'Hadrien. La pensée d'Hadrien ainsi recréée prend une résonance profonde et très actuelle. On suit avec intérêt, comme une véritable confidence, l'évocation des années de jeunesse de l'empereur, son goût pour la culture grecque, son amitié profonde pour Plotine, la femme de Trajan, ses hésitations sur son accession au poste suprême, sa tendresse pour Antinoüs et son désespoir lors du suicide de son favori. Associées ces souvenirs se mêlent les pensées de l'être humain et de l'empereur parvenu au crépuscule de sa vie. Avec une étrange douceur qui n'exclut nullement la lucidité, l'empereur parle de la mort, de l'amour, de sa hantise des pays barbares inconnus, de son entourage, et des êtres humains qu'il a fréquentés au long de sa vie, de la puissance de l'Empire et de la terrible menace qui se dresse aux frontières du Nord et de l'Est. La sérénité et la discrète résignation des derniers instants de l'empereur sont particulièrement émouvantes.

Le style de Marguerite Yourcenar, dense et élégant, harmonieux et plein de retenue, garde une sobriété qui apporte à, l'œuvre un équilibre supplémentaire. La pensée et les descriptions se développent avec une tranquille aisance, subtile et ferme. Au fil des lignes se dessine ce grand homme du passé romain et renaît le temps retrouvé.