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de VIAU


Théophile de VIAU (Guyenne, 1590 - Paris, 1626). Élevé dans la religion protestante, il abandonne vite le milieu familial pour mener une vie aventureuse, au gré de son caprice, en Hollande puis en Angleterre. Libre de mœurs et libertin d'esprit, il encourt les foudres de la justice après la publication de ses premières œuvres poétiques en 1621, et surtout la parution du Parnasse satyrique (1623) qui lui vaut d'être condamné au bûcher par contumace et brûlé en effigie sur la place de Grève. Pris et enfermé au Châtelet de 1623 à 1625, il continue d'y écrire ses Odes et ne survit qu'une année à sa libération. Il est également l'auteur de plusieurs tragédies, dont la plus célèbre demeure Pyrame et Thisbé (1617), œuvre d'un lyrisme véhément et baroque.

Théophile de Viau

Je songeais que Philis...

Je songeais que Philis des enfers revenue,
Belle comme elle était à la clarté du jour,
Voulait que son fantôme encore fît l'amour
Et que comme Ixion j'embrassasse une nue.

Son ombre dans mon lit se glissa toute nue
Et me dit : " Cher Tircis, me voici de retour,
Je n'ai fait qu'embellir en ce triste séjour
Où depuis ton départ le sort m'a retenue.

Je viens pour rebaiser le plus beau des amants,
Je viens pour remourir dans tes embrassements. "
Alors, quand cette idole eut abusé ma flamme

Elle me dit : " Adieu, je m'en vais chez les morts.
Comme tu t'es vanté d'avoir foutu mon corps,
Tu pourras te vanter d'avoir foutu mon âme. "

Sonnets