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KRISTIN LAVRANSDATTER.


Trilogie romanesque de Sigrid Undset (1882-1949). Ce chef-d’œuvre de la romancière norvégienne, qui parut de 1920 à 1922, a été traduit dans presque toutes les langues. L'action se déroule au début du XIVe siècle, ce qui permet à l'auteur de faire entrer d'une façon simple et naturelle sa foi catholique dans son œuvre.

Le premier volume, (La couronne), nous raconte l'enfance et la jeunesse de Kristin Lavrainsdatter, la fille du bon et joyeux Lavrans et de la sévère Ragnhild, qui ont perdu tous leurs enfants avant Kristin et qui l'entourent donc de soins et d'amour. La sœur de Kristin, la petite Ulvhild, devient infirme par suite d'un accident Lavrans arrange pour sa fille des fiançailles avec Simon Darre, le fils d'un homme considéré, mais lorsque Kristin est l'objet d'un scandale provoqué par le meurtre d'un homme qui s'était battu pour elle, Simon Darre conseille aux parents de Kristin de l'envoyer pour un an chez les bonnes sœurs à Nonneseter. Dans cette bourgade, Kristin fait la connaissance d'Erlend Nikulaussön et s'éprend de lui. Elle supplie Simon Darre de renoncer à elle et celui-ci, voyant la passion avec laquelle Kristin se donne à Erlend, s'incline. Lavrans demande alors à Kristin de revenir à la maison ; mais lorsque Erlend lui demande la main de sa fille, il refuse, car Erlend a très mauvaise réputation depuis qu'il est devenu l'amant d'une femme mariée, qu'il a installée chez lui et dont il a deux enfants. Erlend veut alors enlever Kristin, qui est toute prête à le suivre, mais ils sont surpris par la maîtresse d'Erlend qui, après une scène violente, se tue. Il ne peut être question d'enlèvement dans ces conditions ; mais une fois les esprits tranquillisés, Erlend renouvelle sa demande et le père de Kristin finit par céder. C'est plein d'appréhension qu'il organise le mariage et c'est plein de honte qu'il voit les regards enflammés que pose Kristin sur son époux. Pourtant, il ne sait pas que Kristin attend déjà un enfant d'Erlend — seule sa mère Ragnhild l'a deviné ; c'est pourquoi Ragnhild choisit ce jour de fête et aussi de deuil pour apprendre à son mari la raison de son attitude sombre et ombrageuse depuis leur mariage : elle avait avant son mariage appartenu à un autre homme que Lavrans et elle n'a jamais osé demander à Dieu la guérison de son premier fils qui est mort.

Le deuxième volume, (La femme), nous montre Kristin maîtresse de maison à Husöby, où elle remet de l'ordre. Peu de mois après le mariage, Kristin a un fils, Naakkve. Lavrans, le père de Kristin, est profondément blessé d'avoir été trompé par sa fille et d'avoir organisé pour elle un mariage comme si elle eût été jeune fille. Cette douleur ne sera jamais effacée. La famille s'agrandit avec les années et c'est la naissance d'autres fils : Björgulf, Gante, les jumeaux Ivar et Skule, Lavrans (né peu de temps avant la mort du père de Kristin) et enfin Munan. Kristin trouve un grand réconfort dans ses conversations avec le frère d'Erlend, Gunnulf le moine, et avec le prêtre Sira Eiliv. Son mari lui demeure toujours un peu étranger, elle ne comprend pas son humeur insouciante, sa légèreté, et comme elle a elle-même un caractère difficile et fier, les disputes sont fréquentes entre les deux époux. Elle a fait un pèlerinage au lendemain de la naissance de Naakkve pour obtenir le pardon de ses fautes, mais elle n'arrive jamais elle-même à les pardonner entièrement à son mari. Elle est d'ailleurs devenue de plus en plus la mère de ses enfants et la maîtresse de maison de Husöby, et de moins en moins la femme d'Erlend. Son père meurt et lui laisse en héritage la vieille maison familiale. Sa sœur cadette, Rambore, a entre temps épousé Simon Darre, veuf de sa première femme. Kristin est donc désormais la belle sœur de l'homme qu'elle aurait dû épouser et qui n'a jamais cessé de l'aimer. Erlend Nikulaussön s'est laissé entraîner dans des intrigues politiques. Il est découvert et jeté en prison. Kristin se révèle alors soudain femme aimante et fidèle. Grâce à l'énergique intervention de Simon Darre, Erlend obtient son pardon, bien qu'il ait avec constance refusé de dire les noms de ses complices. Mais tous ses biens sont confisqués et ils doivent s'établir à la maison natale de Kristin, Jörundgaard.

Le troisième volume, (La croix), est l'histoire de la conversion de Kristin. Erlend reste toujours un étranger à Jörundgaard, mais semble s'incliner devant la fatalité. Erlend et Kristin sont en bons termes avec Simon Darre et la sœur de Kristin, Ramborg, ainsi que leurs enfants ; mais au cours d'une dispute entre les enfants, Simon Darre apprend que, parmi les complices d'Erlend, se trouvaient ses propres frères. La magnanimité d'Erlend lui devient insupportable et il lui dévoile qu'il n'a jamais cessé d'aimer Kristin et qu'il ne veut plus voir Erlend. Les deux beaux-frères se quittent pour toujours. Kristin s'inquiète pour l'avenir de ses sept fils qui ne peuvent pas tous vivre de Jörundgaard — et elle se querelle à ce sujet avec Erlend qui, furieux, quitte Jörundgaard, où il ne vit qu'aux dépens de sa femme, dit-il, et s'établit dans une petite ferme qui lui appartient, Haugen. Elle attend longtemps son retour. Simon meurt et, à la demande du mourant, Kristin se rend à Haugen pour essayer de faire revenir Erlend. Il l'accueille avec plaisir, mais se refuse à rentrer. De retour à Jörundgaard, Kristin attend toujours. Un enfant naît, qui meurt presque aussitôt. Lorsque Kristin mène son fils Munan à sa première communion, elle se voit accusée d'avoir eu ce fils avec le régisseur — elle se défend mal, ses fils essaient d'intervenir et l'un d'eux cherche Erlend, qui revient pour se faire pardonner et pour mettre fin aux rumeurs. Leur entrevue se transforme, par la faute de Kristin, en querelle : Erlend veut quitter Jörundgaard mais, arrêté par les paysans, il en tue un et est lui-même blessé à mort. Après la mort d'Erlend, Björgulf, qui est devenu aveugle, entre en religion avec son frère aîné Naakkve, les deux jumeaux Partent à l'aventure, Gante prend la maison en charge et se marie, Lavrans et Munan meurent. Kristin reste seule et inutile à Jörundgaard. Elle se rend en pèlerinage à Rein, où elle entre au couvent. Sa conversion a lieu, mais avant d'entrer dans les ordres, elle meurt de la peste.

Avec un naturel incomparable, un souffle épique rare, Sigrid Undset a su mener à bout cette longue histoire aux multiples intrigues. L'intérêt ne faiblit pas un seul instant. Au centre de cette grande fresque se trouve naturellement le personnage imposant, bien que pas toujours sympathique, de Kristin Lavransdatter, fière, orgueilleuse, mais capable d'un dévouement sans bornes, jeune fille têtue, épouse souvent difficile, mère admirable. La partie la moins convaincante est peut-être la conversion de Kristin, ou disons plutôt sa vocation religieuse. On a peine à croire au mysticisme chez une âme si fortement enracinée en ce monde et si volontaire. Avec un art consommé. Sigrid Undset a su replacer son récit dans une époque historique, sans le moindre pédantisme, mais avec une connaissance profonde des mœurs et des coutumes.


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