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AVENTURES D 'HUCKLEBERRY FINN

[The Adventures of Huckleberry Finn]. C'est sans doute le chef-d’œuvre de l'écrivain américain Mark Twain et, en un certain sens, la suite des Aventures de Tom Sawyer. Le livre, publié en 1885, constitue une vaste épopée de l'Amérique des aventuriers, celle des misérables villes embryonnaires éparpillées dans la vallée du Missouri et de l'Ohio, aux temps de la colonisation et de la vie violente. Tom Sawyer et Huckleberry Finn — mais surtout ce dernier, car il est le porte-voix de Mark Twain enfant — sont les portraits typiques du «boy» américain de ce temps-là.

Plus exactement, dans le livre, Huckleberry Finn est le fils aventureux d'un père indigne et quelque peu ivrogne. Abandonné à lui-même, puis recueilli et adopté par des personnes charitables qui auraient voulu lui faire donner une instruction convenable, il est éloigné d'elles par son père. Revenu de ses pérégrinations, celui-ci est attiré par un trésor que des voleurs ont caché et qui a été découvert par des gamins dans une caverne (cette scène couronne les Aventures de Tom Sawyer.). Huckleberry Finn est enlevé par son père, qui a fait de vaines tentatives pour lui extorquer de l'argent, et amené dans une cabane abandonnée, dans les fourrés qui bordent les rives de l'Illinois. Huck, habilement, arrive à fuir et gagne une île du fleuve à l'aide d'un canot qu'il trouva jadis et qu'il avait dissimulé, attendant l'occasion favorable pour s'en servir. Sur cette même île, est réfugié le bon Jim, esclave et grand ami des jeunes garçons qui, lui aussi, a dû fuir, car ses patrons menaçaient de le vendre en représailles de quelques étourderies qu'il avait commises. Afin de dépister les recherches, (tout esclave fugitif devait payer à cette époque une forte rançon), ils construisent un radeau, et, naviguant de nuit, ils essaient d'atteindre un état abolitionniste où Jim puisse au moins vivre en paix. Détournés de leur route par une tempête, ils s'égarent au milieu d'une multitude de petites îles. Bien qu'ils aient abandonné tout espoir de sauver Jim, ils continuent cependant de naviguer, mais on les rattrape et ils sont contraints de s'embarquer sous l'œil vigilant de la police. Les pages qui narrent les aventures et l'incroyable imbroglio tissés par deux imposteurs (le Duc et le Roi) sont parmi les mieux venues et les plus agréables à lire de toute l'œuvre de Mark Twain. Finalement, le Duc et le Roi, agissant en traîtres, vendent Jim à l'oncle de Tom Sawyer en le faisant passer pour un autre esclave recherché par la police. A partir du moment où les deux garçons se retrouvent, à la grande surprise de Tom qui croyait que Huck était mort, le livre prend une allure moins vive. La ferme de l'oncle Silas devient le théâtre de tous les événements et l'intérêt se concentre sur les plans mirobolants de Tom pour la libération de Jim. Après de multiples complications, tout finit le mieux du monde et le livre s'achève sur la mélancolique perspective, pour Huck, de retourner bientôt à l'école et sur une vague allusion au projet qu'il aurait fait d'aller vivre avec les Indiens.

En Amérique, les contemporains de Twain comparèrent son livre aux chefs-d’œuvre de Cervantès et de Molière, mais des critiques comme Van Whyck Brooks et S.B. Leacock, héritier présomptif de l'humour à la manière de Twain, et surtout Sherwood Anderson, se sont référés à une plus juste échelle des valeurs dans leurs jugements sur ce livre.
Les Aventures d'Huckleberry Finn sont l'occasion pour l'auteur de procéder à une satire de l'humanité et, dans ce sens, on peut rapprocher ce livre des Voyages de Gulliver de Swift. En tant qu'œuvres littéraires destinées avant tout à distraire les jeunes garçons et à plaire au lecteur soucieux de « tuer le temps «, les deux ouvrages connurent la même fortune. Mais si ces deux chefs-d’œuvre possèdent, par ailleurs, ce caractère commun de présenter une satire de l'humanité, tandis que le livre de Swift enfermait, avec cynisme et cruauté, les hommes dans leurs folies et leurs mesquineries de toute sorte, le réquisitoire de Mark Twain semble prononcé par un prédicateur qui cherche à étouffer au fond de lui-même l'âme d'un idéaliste.