IN LIBRIS

SOUVENIRS D'ENFANCE.


Sous ce titre générique l'écrivain français Marcel Pagnol (1895-1974) a publié trois recueils de souvenirs. Le premier volume, la Gloire de mon père, fut publié en 1957. Les personnages sont ceux de la famille Pagnol : le vieux grand-père d'abord; le père, instituteur laïque jusqu'au bout des ongles, utopiste et républicain, profondément aimé; la mère, Augustine, qui s'était mariée à dix-neuf ans « et les eut toute sa vie » ; l'oncle Jules, natif du Roussillon, et « qui allait à la messe » ; Armand, un autre instituteur avec qui le père de Pagnol s'est associé pour travailler à la reproduction de cartes pour Vidal-Lablache. Trois épisodes nous peignent le jeune Marcel. C'est d'abord le jour où, alors qu'il n'a pas encore quatre ans, on découvre soudain avec stupéfaction qu'il sait lire : il a appris tout seul, en silence ; puis c'est cette phrase : « ce que j'écoutais, ce que je guettais, c'était les mots... En secret, sur un petit carnet, j'en faisais une collection s. Et enfin lorsqu'a, dix ans, son père lui avant donné les livres de Fenimore Cooper, il compose un « Chant de mort d'un chef comanche » (paroles et musique) de huit couplets.

En 1959 Pagnol publie le Château de ma mère. Avec leurs fourrés de térébinthes et de chênes kermès, les collines qui dominent Aubagne sont le paradis du gibier, des chasseurs et des braconniers. Mais est-on braconnier sur les terres de son village ? Ce n'est pas l'avis de Lili des Bellons que Marcel Pagnol, glorieusement promu à l'âge de neuf ans « rabatteur et chien rapporteur » pour le compte de son père et de son oncle, rencontre au Puits du Mûrier. Ils chasseront de compagnie plume, poil et « grosibou », jusqu'au jour sinistre de la rentrée. Quand la ronde des saisons ramène le printemps, la famille Pagnol, chargée de baluchons, reprend le chemin de la bastide. Un jour, le raccourci est barré par un garde intraitable ; c'est l'épisode affolant du « château de la peur » sur lequel s'achève ce volume où Marcel Pagnol poursuit le récit de sa jeunesse avec l'esprit, la tendresse et la drôlerie qui ont fait sa réputation.

En 1960, l'auteur publie le troisième volume, le Temps des secrets. L'enfant a grandi. Jules Verne succède à Fenimore Cooper. Et voici qu'une petite fille apparaît, la belle Isabelle, la fille du poète Lois de Montmajour, la surprenante Isabelle qui donne sa main à baiser au petit garçon. Du coup, Marcel délaisse Lili, son compagnon de chasse. Mais la déception sera cruelle : le poète est doublé d'un ivrogne et Isabelle s'appelle Cassignol comme tout le monde. Un exploit extraordinaire accompli par le jeune Marcel va bientôt précipiter la princesse dans l'oubli : l'extermination d'un gigantesque serpent de trois mètres vingt. C'est sur cet épisode glorieux que s'achèveront les vacances. Cette fois, c'est le chemin du lycée que va prendre le jeune Marcel Pagnol.