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MONTESQUIEU


  Charles DE SECONDAT, baron DE LA BREDE et DE MONTESQUIEU, écrivain français, né au château de Labrède, près de Bordeaux, en 1689, mort à Paris en 1755. Elevé à Juilly chez les oratoriens, il préféra la robe à l'épée, fut conseiller au parlement de Bordeaux (1711), puis président à mortier (1716) à vingt-sept ans. Il fut de son propre aveu un magistrat médiocre, patienta douze ans dans sa charge et la vendit en 1726. Il était fait pour l'étude solitaire et désintéressée. II avait commencé par des essais sur l'histoire naturelle et la physique qu'il soumit à l'Académie des sciences de Bordeaux (1716-1721). Bientôt il se connut mieux et aborda l'étude de la morale, de la politique et de l'histoire (Dissertation sur le politique des Romains ; Eloge du duc de La Force ; Vie du maréchal de Berwick). Mais entre temps il publia un petit livre d'un tour et d'un ton bien différent, qui, du jour au lendemain, le rendit illustre et lui ouvrit les salons de la capitale : les Lettres persanes (1721), œuvre d'ironie pimpante et d'irrévérencieuse satire, où l'auteur, sous le voile d'une fiction assez frivole, instruisait le procès des institutions et des mœurs du temps. Quatre ans plus tard, parut un ouvrage d'un caractère plus léger et plus superficiel, assez peu digne du talent de Montesquieu : le Temple de Guide, suivi de Céphise et l'Amour (1725). Cela n'empêcha pas l'Académie française d'élire (1727) l'auteur des Lettres persanes, qui, pourtant, l'avait cruellement raillée.

Dès lors, Montesquieu, au lieu de s'endormir dans les succès faciles, consacra sa vie au grand ouvrage dont le plan se présentait déjà à son esprit. Il voyagea pour mieux connaître les hommes et les institutions. Il se rendit à Vienne, où il vit le prince Eugène, visita la Hongrie, l'Italie, le Tyrol, suivit les bords du Rhin, demeura quelque temps aux Pays-Bas, d'où lord Chesterfield l'emmena sur son yacht à Londres, qu'il habita deux ans. De retour en France, il s'enferma avec ses souvenirs et ses pensées au château de Labrède, où il écrivit les célèbres Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734) ; à la fin du volume, se trouve le Dialogue entre Sylla et Eucrate, devenu classique. Ce n'était là qu'un fragment de l'œuvre immense à laquelle Montesquieu avait voué sa vie et qui parut en 1748 : l'Esprit des lois. Le livre eut vingt-deux éditions en deux ans ; rien ne manqua au succès de Montesquieu, pas même les critiques de ses détracteurs, auxquels il répondit par une Défense de « l'Esprit des lois » (1750). Les dernières années de Montesquieu furent celles d'un sage. « Je n'ai jamais eu de chagrin, disait-il, qu'une heure d'étude n'ait dissipé. » Il mourut presque aveugle.
Sa réputation a survécu à toutes les traverses. Si Voltaire attaqua l'auteur de l'Esprit des lois, Rousseau lui rendit hommage, et les hommes de la Constituante s'en réclamèrent hautement. Toutes les écoles historiques et poétiques du XIXe siècle l'ont mis à sa vraie place. Outre les ouvrages cités, Montesquieu a laissé un Essai sur le goût ; des Lettres familières ; Arsace et Isménie ; Histoire orientale ; des Pensées diverses.