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MONTAIGNE

Michel EYQUEM DE MONTAIGNE, moraliste français, né et mort au château de Montaigne (1533-1592). Elevé avec une tendresse éclairée par son père, il fut confié à un précepteur allemand, Horstanus, qui avait ordre de ne lui parler qu'en latin, puis, à six ans, il entra au collège de Guyenne, à Bordeaux, où il resta sept ans. Il est vraisemblable qu'il fit sa philosophie pendant deux ans à la faculté des arts de Bordeaux, avec Marc-Antoine Muret comme répétiteur, et qu'il étudia ensuite le droit, soit à Bordeaux, soit à Toulouse. Conseiller à la cour des aides de Périgueux, puis (1557) au parlement de Bordeaux, il y connut (vers 1559) La Boétie, qui devait être son frère d'élection. De 1561 à 1563, il fréquente la cour ; il accompagne Charles IX au siège de Rouen (1562). Il épousa en 1565 Françoise de La Chassaigne (morte en 1627), fille d'un conseiller au parlement.
De leur union il naquit, de 1570 à 1577, cinq filles, dont une seule lui survécut : Léonor (1571-1616), et perpétua la descendance des Montaigne.
Il vendit, en 1570, son office de conseiller à Florimond de Raymond. En 1571, il reçut l'ordre de Saint-Michel. Il n'avait encore publié qu'une traduction de la Theologia naturalis sive Liber creaturarum de Raymond de Sebonde (1569), entreprise pour contenter un désir de son père. Il se retira à Montaigne, où, de 1571 à 1580, il écrivit les Essais, dont la première édition, contenant les deux premiers livres, parut en 1580.
Du 22 juin 1580 au 30 novembre 1581, il exécuta un long voyage d'hygiène et d'agrément, dont il a laissé le Journal (publié en 1774 par Meusnier de Querlon), séjourna à Plombières et à Bade, parcourut la Suisse, l'Allemagne, l'Italie, visita le Tasse interné à Ferrare, et reçut à Rome des lettres de bourgeoisie. Elu maire de Bordeaux pendant son absence, il alla remplir sa charge (1581-1583), et fut réélu pour une seconde période (1583-1585). Rentré dans la vie privée, il retoucha ses deux premiers livres et en ajouta un troisième, plus intime (1588). Il se lia avec Charron, puis avec Mlle de Gournay, sa « fille d'alliance », qu'il connut dans son voyage à Paris de 1588. Il accompagna le roi à Rouen, et la même année, fut enfermé un jour à la Bastille par les Ligueurs. Il assista aux états de Blois, et, rentré à Bordeaux, il occupa ses dernières années à revoir son œuvre.

Montaigne s'est décrit et raconté dans les Essais ; mais, en se peignant, il a peint l'humanité entière. Il a étudié l'homme un peu dans le monde, beaucoup dans l'histoire et dans les œuvres des moralistes, dans Plutarque et dans Sénèque. Il l'a trouvé e ondoyant et divers » et s'est plu à relever ses contradictions, à les consigner dans tout son livre, à les résumer dans l'Apologie de Raymond de Sebonde, le plus long et le mieux ordonné des chapitres des Essais, celui qui contient la quintessence de ce qu'on a appelé « le scepticisme de Montaigne ». En fait, Montaigne se borne à montrer que la raison humaine est incapable d'arriver — réserve faite de la Révélation — aux vérités métaphysiques, et par là il se manifeste positiviste, bien plutôt que sceptique. En politique, il est partisan du pouvoir établi. En religion, il s'en tient au culte de ses pères et n'approuve pas les novateurs de la Réforme ; mais il n'est aucunement pénétré de l'esprit chrétien. En morale, il est épicurien, mais avec des aspirations stoïciennes. Il est, somme toute, un philosophe païen, nourri surtout de sagesse latine, et un homme très tolérant. Il se piquait de ne pas être un écrivain de profession. En réalité, son style demeure ce qu'il y a de plus original dans son œuvre, une « création perpétuelle », une métaphore sans cesse renouvelée, quelque chose d'imagé, d'imprévu, de gai, de frais et de vivant, qui n'est qu'à lui.