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MICHELET

Jules MICHELET, écrivain français, né à Paris en 1798, mort à Hyères en 1874. Son père, petit imprimeur, fut ruiné par les sévérités de la censure impériale. Michelet, qui avait d'abord travaillé à l'imprimerie de son père, connut vraiment la misère. A force d'énergie et d'intelligence, il réussit pourtant à achever brillamment ses études au lycée Charlemagne. Nommé professeur suppléant à ce lycée, puis professeur au collège Rollin, il publia un Tableau chronologique de l'histoire moderne (1825) ; des Tableaux synthétiques de l'histoire moderne (1827) ; un Précis de l'histoire moderne (1827).
Maître de conférences à l'Ecole normale supérieure, il y enseigna brillamment, jusqu'en 1836, et publia une Introduction à l'histoire universelle (1831), une traduction des Œuvres choisies de l'historien philosophe italien Vico(1829) qui eut sur lui une grande influence ;        une Histoire romaine (1831), et une étude sur les Origines du droit français(1837). Il avait été nommé, en 1831, chef de la section historique aux Archives nationales. En 1838, il devint professeur d'histoire et de morale au Collège de France où son enseignement, suivi par une foule enthousiaste d'étudiants, devint une sorte d'apostolat en faveur des idées libérales et humanitaires. De 1833 à 1846 paraissent les six premiers volumes de l'Histoire de France (jusqu'à Louis XI), mais Michelet se donne bientôt tout entier, avec ses collègues du Collège de France Quinet et Mieckiewicz, à la bataille contre la politique conservatrice et ultramontaine de Guizot, Veuillot, Montalembert. C'est alors qu'il publia son Etude sur les jésuites (1843) ; le Prêtre, la Femme et la Famille (1844) ; le Peuple (1844) ; l'Etudiant (1848). Après le coup d'État de Louis-Napoléon (1851), son cours fut suspendu ; puis il fut révoqué. Il fait paraître en 1853 son Histoire de la Révolution, achève en 1867 son Histoire de France (jusqu'au règne de Louis XVI). Il avait épousé, en 1849, en secondes noces. Mlle Mialaret qu'il aima tendrement et qui contribua à l'incliner vers une sorte de lyrisme mystique qu'on retrouve dans l'Oiseau (1856), l'Insecte (1857), la Mer (1861), la Montagne (1867). Outre divers ouvrages historiques, récits de voyages publiés avant sa mort, Michelet avait laissé des manuscrite dont Mme Michelet a tiré (d'ailleurs en les remaniant) : Ma jeunesse (1884) ; Mon journal (1888) ; etc.
L'œuvre historique de Michelet a des qualités et des défauts. Il a certainement le goût de la vérité impartiale, de la recherche scrupuleuse du document authentique et précis. Les premiers volumes de son Histoire de France sont souvent fondés sur des documents d'archives importants dont certains (mais pas tous et sans qu'il le dise) ont été révélés par lui. D'autre part, il a bien compris qu'en histoire les faits seuls ne sont pas grand’ chose. Il veut une histoire vivante, une « résurrection intégrale du passé », c'est-à-dire une œuvre qui nous fasse comprendre la vie profonde des peuples, l'âme des civilisations ; son œuvre fera donc une large place à l'étude des mœurs, de la pensée, des mouvements religieux. Et c'est fort légitime. Mais Michelet travaillait trop vite, parce qu'il voulait mener à bien trop de tâches dont certaines étaient immenses. Même dans les meilleures parties de son Histoire de France (jusqu'au XVIe s.) il travaille donc surtout sur des ouvrages de seconde main, même lorsqu'il sait où sont les documents de première main. Ses « divinations », ses « communions » avec l'âme de la France, du peuple, des héros sont tantôt justes, tantôt hasardeuses, tantôt des erreurs graves. Les défauts s'accentuent fâcheusement lorsque l'histoire moderne lui apporte, plus proches de l'actualité, les idées qu'il déteste et celles qui l'enthousiasment. Son œuvre n'est plus alors, trop souvent, qu'une polémique éloquente, mais violente et parfois fébrile et presque naïve contre les tyrans et les prêtres. Ce sont de beaux pamphlets.
Le mérite littéraire d'une bonne partie de cette œuvre est d'ailleurs très grand. Michelet a toutes les qualités de l'écrivain : la netteté, le mouvement, le pittoresque, l'éclat, le pathétique. Il a su trouver une sorte de sobriété chaleureuse, de simplicité passionnée et éclatante. Son style est d'une souplesse, d'une variété et en même temps d'une solidité et d'une précision admirables. Ces mêmes qualités se retrouvent dans l'Oiseau, la Mer, la Montagne, etc. chefs-d’œuvre, cette fois, parce qu'on ne demande plus à Michelet d'y apporter une information scrupuleuse et une vérité scientifique.

Adèle-Athénaïs MIALARET

femme auteur française, née à Montauban en 1826, morte à Paris en 1899. Elle était institutrice à Vienne lorsque, dans un moment de détresse morale, la lecture du Prêtre de Michelet lui inspira l'idée de demander des conseils au grand historien. Elle échangea quelques lettres avec lui, le vit à son retour à Paris, et devint sa femme en 1849 : elle avait vingt-trois ans, et Michelet cinquante et un. Compagne dévouée de Michelet, elle collabora à l'Oiseau, l'Insecte, la Mer ; publia pour son propre compte les Mémoires d'un enfant (1866), et la Nature (1872). Après la mort de son mari en 1874, elle consacra sa vie à surveiller les éditions de ses œuvres, et publia encore : la Mort et les funérailles de Michelet (1876) ; le Centenaire de Michelet, ce qu'il doit être (1898).