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BEL–AMI.


Roman de Guy de Maupassant, publié en 1888.
Georges Duroy, de modeste origine et modestement instruit, mais à l'esprit résolu et prompt et, surtout, jeune et séduisant, vient tenter sa chance à Paris après avoir servi quelque temps en Afrique comme sous-officier. Un métier de misère lui permet de vivoter jusqu'à ce que la rencontre d'un ancien compagnon d'armes, Charles Forestier — qui s'est fait une brillante situation dans le journalisme — lui offre l'aubaine tant attendue. La femme de son ami, Madeleine, belle intrigante, l'aide à rédiger son premier article pour « La Vie Française ». Cet article fait sa fortune. Duroy sait plaire au directeur du journal, le riche Walter, homme d'affaires rusé, qui le charge de la « Chronique » et des « Échos ». Son audace supplée à son manque de culture.

Mais c'est surtout aux femmes qu'il sait plaire ; Madeleine le conseille sagement. Une jeune femme élégante et corrompue. Clotilde de Marelle, devient sa maîtresse ; la femme et les filles de son patron sont également folles de lui. Un duel terminé à son avantage accroit encore son prestige. Toutes ces amitiés féminines aident puissamment Duroy, devenu désormais « Bel-Ami » : il doit ce surnom à la fille d'une de ses amies, séduite, comme les autres, par son charme. En fait, Bel-Ami n'a pas de plan défini ; ce n'est pas un vulgaire escroc ; Il évolue dans un milieu trouble, c'est par la faute des femmes qui l'ont poussé sur cette mauvaise voie. Ce n'est que peu à peu que naît, dans son esprit d'arriviste sans scrupule, l'idée de faire son chemin par de telles méthodes ; de là sa désinvolture et, dans sa fourberie, cet air avenant qui trompe souvent les moins naïfs. Déjà, la conquête de Mme Walter n'est plus une simple curiosité de vicieux ; en renvoyant cyniquement la pauvre femme après le premier caprice, il dévoile jusqu'au plus profond son âme.

Son ami Forestier meurt poitrinaire. Bel-Ami épouse Madeleine et conclut avec elle une sorte de pacte d'entraide. Le vieux comte de Vaudrec, ami intime du ménage Forestier, puis du ménage Duroy, meurt en léguant un million à Madeleine. Pour accepter la succession, il lui faut le consentement de son mari prétextant qu'il importe de sauvegarder les apparences, celui-ci donne son accord en échange de la moitié du legs. Or, « La Vie Française » a fait fortune ; le politicien qui l'inspirait, Laroche-Mathieu, est devenu ministre ; c'est un familier de la maison Duroy. D'ailleurs, Bel-Ami se fait appeler à présent M. Du Roy sa faveur est Plus grande que jamais. Mais il ne s'estime pas assez comblé : il convoite l'immense fortune de son patron Walter, directeur du journal et homme d'affaires avisé. Pour y parvenir, il se fait aimer de Suzanne, sa fille, à peine âgée de 17 ans. Puis il fait surprendre sa femme Madeleine et le ministre en flagrant délit ; Laroche-Mathieu doit démissionner et Madeleine accepter le divorce. Enfin, il enlève Suzanne pour contraindre Walter à cette union tant désirée et ne se soucie nullement de Mme Walter qui devient folle de douleur.

Ce roman connut un grand succès et fit scandale ; Maupassant fut accusé de pessimisme outré ; on lui a reproché d'avoir trop assombri les couleurs. Il répondit qu'il s'était borné à faire une satire d'un « certain journalisme » et de « certains milieux » politiques et mondains de Paris. En dépit de l'indéniable habileté de l'ensemble, ce livre, centré sur un seul personnage à la psychologie assez sommaire, donne trop l'impression d'une suite de tableaux séparés, demeure une œuvre marquante dans la production littéraire du temps par son brio irrésistible et son style alerte et précis.