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LA CONDITION HUMAINE.


. Roman publié en 1933 par l'écrivain français André Malraux (1901-1976). Prix Goncourt. C'est encore la Révolution qui constitue le cadre du roman. Tout aussi présente que dans les Conquérants, elle n'a plus d'existence autonome, elle n'est plus le centre moteur du livre ; elle n'existe que dans la mesure où chacun des héros lui appartient. Le véritable drame se joue en quelques jours ; l'action y gagne en densité.

Nous sommes à Shanghai. La Révolution doit éclater d'un moment à l'autre. Elle est, menée par la bourgeoisie libérale du Kuomintang et par le prolétariat communiste. Les troupes du Kuomintang marchent sur la ville, conduites par Tchang-Kaï-Chek. La Révolution éclate, triomphe. Tchang-Kaï-Chek établit son gouvernement et exige des communistes qu'ils remettent leurs armes. Ceux-ci refusent, mais l'Internationale appuie la demande de Tchang- Kaï-Chek, qui décide l'arrestation des communistes dont les chefs meurent dans les tortures les plus atroces. La tragédie profonde des héros de la Condition humaine, c'est qu'ils jouent leur destin dans une Partie dont seule la fin importe. C'est que, pour eux, l'homme compte et que, dans la partie qu'ils jouent, l'homme ne compte pas. Ils sont lucides ; ils savent qu'ils ne sont que des jouets et se disent que l'Internationale a raison, mais la conscience subjective qu'ils ont de leur destin individuel et du destin de l'homme se révolte, se refuse à admettre l'usage qui est fait de la condition d’homme ; leur tragédie oppose leur raison à leur instinct. Et l'on sent que toute la tendresse de Malraux va à cet instinct. Mi-chinois, mi-japonais, Kyo Gisors connaît dans leurs moindres détails tous les rouages de la révolution qu'il a organisée. Il la vit dans son propre sang, mais c'est son destin qu'il vit. La révolution donne simplement un sens à sa vie. Tchen, lui, est un fanatique, terroriste par compensation, pour laver dans le sang sa propre humiliation et l'humiliation des exploités de Chine. Hemmelrich est, lui, hanté par sa propre impuissance à participer à l’action ; il trouve dans le combat final une porte ouverte sur la liberté. Ferrai, enfin, le capitaliste puissant contre qui viendra se briser la Révolution, noue tous les fils qui assurent le pouvoir de Tchang-Kai-Chek ; mais il ne diffère pas des autres héros de Malraux : son mobile essentiel est la volonté de puissance, tout comme c'est le mobile essentiel de Garine des Conquérants.
Chacun des héros du livre est plongé dans la boue de sa condition d'homme et chacun veut y échapper. En vain. Comme dans la vie. Il n'y a rien de plus grand et de plus bas que l'homme.
Tout se trouve en lui : toutes les grandeurs et toutes les servitudes. Tout se trouve en tout homme. Tel est le sens de sa condition. Le roman se termine au ministère des Finances, à Paris. Ferrai est venu rendre des comptes pour obtenir l'appui du gouvernement français et des grandes banques. Il ne pourrait y avoir de fin plus cruelle. Ni plus vraie.

Ce roman est vraiment le cœur de toute l'œuvre de Malraux, et il en donne la clé. Tous ses livres sont les étapes successives d'une quête passionnée de la liberté, et l'histoire de son échec. Ils enseignent tous que, quelle que soit sa grandeur, l'homme ne sera jamais plus grand que l'homme. Il ne dépassera jamais son destin. Il n'échappera jamais à sa condition.