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LECONTE DE LISLE

Charles-Marie LECONTE, dit LECONTE DE LISLE, poète français, né à Saint-Paul (ile de la Réunion) en 1818, mort à Louveciennes en 1894. Il vint en France pour y achever ses études, à Rennes, fit son droit, retourna à l'île de la Réunion, s'y ennuya et repartit pour la France tenter la carrière d'homme de lettres. Il s'était laissé séduire par les doctrines sociales du philosophe Fourier et devint secrétaire et collaborateur du journal et de la revue fouriéristes la Démocratie pacifique et la Phalange (il publia dans la Phalange des poèmes antiques et fouriéristes dont il a recueilli un certain nombre en supprimant toutes allusions aux doctrines fouriéristes). Candidat malheureux aux élections   de 1848, il renonça définitivement au fouriérisme et à la politique. Il publia, en 1852, les Poèmes antiques ; en 1854, les Poèmes et Poésies ; en 1862, les Poèmes barbares ; en 1884, les Poèmes tragiques.
(Les Poèmes et Poésies ont été ensuite redistribués par lui dans les autres volumes de l'édition définitive de ses œuvres). Il faut y ajouter le volume des Derniers poèmes publié en 1895. Il a fait jouer, en 1872, une adaptation d'Eschyle, les Erinnyes, et publié des traductions d'Homère, Eschyle, Hésiode, Euripide. Il fut élu, en 1886, membre de l'Académie française.
Le recueil des Poèmes antiques (et sa préface) sont une réaction contre la poésie romantique. Leconte de Lisle ne veut plus de poésie personnelle, de poésie-confidence, ni de poésie-lamentation. Il réclame une poésie           « scientifique » ; entendons que le but de la poésie doit être d'exprimer les grands aspects de l'histoire, les grandes inquiétudes qui ont fait vibrer l'âme humaine, en appuyant ces évocations sur une science historique solide. Ces idées lui venaient en partie de ses amis Louis Ménard et Thalès Bernard. Il a renoncé par la suite à parler de « science » mais il est resté fidèle aux autres principes. Peu à peu, surtout à partir de 1860, des amis, des admirateurs se sont groupés autour de lui et il est devenu le chef de l'Ecole parnassienne dont les doctrines essentielles sont : l'impassibilité du poète qui se défend contre la sensibilité romantique ; la poésie doit être l'expression non pas des troubles du cœur, de ses effusions banales, mais de la sérénité du beau. Le poète est d'abord un artiste, et le travail d'art est sa tâche essentielle.
En réalité, cette impassibilité est toute relative chez Leconte de Lisle. Il a eu une âme tourmentée, une sensibilité aiguë et ses tourments, même ses tourments d'amour, transparaissent parfois dans son œuvre. Surtout, il a profondément souffert des grandes inquiétudes métaphysiques de l'homme : problèmes de la douleur, de la mort, du néant. Il a suivi avec pitié le vain effort de toutes les religions pour résoudre ces problèmes. Et il a donné de ces tragiques et éternels combats une expression pessimiste, pathétique. Il y a été aidé par la rare puissance de son imagination. Il a eu le don de faire vivre avec une extraordinaire intensité tous les spectacles de la vie, depuis les guets et les élans d'une bête fauve jusqu'aux splendeurs des forêts vierges, aux vertiges des océans et de la nuit. Il a recréé, par le rêve, tous les climats et toutes les civilisations. Son art et son style, qui manquent un peu de fluidité, de nuances ont une vigueur et une sûreté incomparables.