IN LIBRIS

LAFORGUE


Jules LAFORGUE, poète français, né à Montevideo en 1860, mort à Paris en 1887. Il fit ses études à Tarbes et à Paris, collabora à la Gazette des Beaux-Arts et à diverses revues et devint, A Berlin, lecteur de l'impératrice Augusta (de 1881 à 1886). Il épousa une jeune Anglaise, miss Leah Lee, et mourut un an après de la tuberculose. Il ne publia, de son vivant, que deux recueils de vers : les Complaintes (1885) et l'imitation de Notre-Dame la Lune (1886). Un recueil posthume : Derniers vers (1890), contient Des fleurs de bonne volonté, le Concile féerique. Les Moralités légendaires (1887) sont formées de six contes philosophiques en prose. Ses poésies, qui font date dans l'histoire du symbolisme, sont un mélange singulier de tristesse désespérée (l'influence de Schopenhauer et d'Hartmann y est du reste sensible), d'ironie gouailleuse, de bizarre fantaisie. Laforgue use de mètres très divers : il emploie volontiers des vers de treize et quatorze pieds ; il se donne de nombreuses licences ; il a été un des créateurs du vers libre.

J'écoute dans la nuit...

J'écoute dans la nuit rager le vent d'automne,
Sous les toits gémissants combien de galetas
Où des mourants songeurs que n'assiste personne
Se retournant sans fin sur de vieux matelas
Écoutent au dehors rager le vent d'automne.

Sonne, sonne pour eux, vent éternel, ton glas !
Au plus chaud de mon lit moi je me pelotonne
Oui! je ferme les yeux, je veux rêver, si las,
Que je suis dans l'azur, au haut d'une colonne
Seul, dans un blanc déluge éternel de lilas.

Mais zut! j'entends encor rager ce vent d'automne.
Messaline géante, oh! ne viendras-tu pas
M'endormir sur tes seins d'un ron-ron monotone
Pour m'emporter, bien loin, sur des grèves, là-bas
Où l'on n'entend jamais jamais le vent d'automne.

Jules Laforgue