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LA FONTAINE


Jean DE LA FONTAINE, poète français, né à Château-Thierry en 1621, mort à Paris en 1695. Son enfance s'écoule à Château-Thierry où son père était maître des eaux et forêts ; puis le collège le prend, puis l'Oratoire ; mais au bout de dix-huit mois il renonce à l'état ecclésiastique. Dès lors, tantôt à Château-Thierry ou à Reims, tantôt à Paris, il mène une vie facile et insouciante. Pour essayer de le fixer, son père le marie à vingt-six ans à Marie Héricart (1647), mariage de raison, qui, malgré la naissance d'un fils en 1653, (levait laisser place à une séparation de biens (1658), sans qu'il y eut jamais au reste séparation complète. De plus il lui cède en 1652 un de ses offices de maître des eaux. A la mort de son père, La Fontaine aura la maîtrise complète et la capitainerie des chasses (1658), charge qu'il remplira jusqu'en 1670.
Paris ne l'enlève donc qu'incomplètement à Château-Thierry, même quand un oncle de sa femme, Jannart, l'aura introduit chez Fouquet, qui le pensionne (1656). La Fontaine avait fait paraître en 1654 une imitation de l'Eunuque de Térence. Se succèdent maintenant madrigaux, épîtres, poésies diverses ; le poème d'Adonis, une comédie Clymène (1659) [qu'il ne publiera que plus tard] ; le Songe de Vaux, et, après la chute de Fouquet, à qui il restera fidèle dans sa mauvaise fortune, la fameuse Elégie aux nymphes de Vaux (1661), puis l'Ode au Roi (1663).
Déchu de ses espérances par la chute de son protecteur, il était en proie à maints embarras pécuniaires, quand, après un voyage en Limousin où il accompagne Jannart exilé (d'où des lettres charmantes à sa femme), il entre au Luxembourg comme gentilhomme servant de la duchesse douairière d'Orléans (1664). Ces huit années voient successivement paraître les clivera recueils des Nouvelles en vers et Contes [avec Clymène] (1664-1671), le premier recueil des Fables (1668), le roman des Amours de Psyché et de Cupidon [avec Adonis] (1669), tandis que sa vie s'illumine de l'amitié de Racine, de Molière, de Boileau.
A la mort de la duchesse douairière d'Orléans, Mme de La Sablière offrit à La Fontaine un abri, qui durera près de vingt ans. Il y jouit d'une complète sécurité, tout en fréquentant chez M. le Prince, chez le Grand Prieur, chez l'ambassadeur anglais lord Montagu, chez Mme de La Fayette, surtout chez les d'Hervart, etc. Les œuvres ne chôment pas : c'est le poème de la Captivité de Sainte-Male (1673) ; une nouvelle série de Contes (1674), un second recueil de Fables (1678), le poème du Quinquina (1682). La Fontaine est enfin reçu à l'Académie en 1684, Louis XIV ne faisant plus obstacle à son élection.
Il donne ensuite les deux poèmes de Philémon et Baucis et des Filles de Minée (1685), (le nouveaux Contes, des comédies et livrets d'opéra avec Champmeslé (Ragotin, le Florentin, la Coupe enchantée, l'Astrée, représentés sous le nom de ce dernier), le Discours à Mme de La Sablière (1684), Epître à Huet (1687).
Tombé malade (1692), il se convertit, renie ses Contes, se rétablit pour un temps, est recueilli par les d'Hervart après la mort de Mme de La Sablière, publie en 1694 ses dernières Fables, et meurt pieusement en 1695, laissant des poésies, des opuscules, des lettres, sept fables qu'on s'empressa de publier en un recueil l'année suivante. Rêveur, distrait, indépendant, indolent, voluptueux, inquiet, mélancolique, cet amant de la nature, de la liberté, de la poésie est capable de patience dans le travail. Sa curiosité pénétrante s'étend à tout.

Son œuvre se ressent de tous ceux, qu'ils soient du Nord ou du Midi, qu'il a lus, aimés, imités, mais imités en maitre conscient de ses forces et de son originalité propre. Il l'a dit justement : son imitation n'est pas un esclavage. C'est ainsi que les Contes et Nouvelles prennent sous sa main un caractère bien français, et que, faisant craquer le cadre antique de la fable, il a créé comme un genre neuf, tout ensemble drame, comédie, satire, élégie, voire épopée, où les mille facettes de son prestigieux talent brillent du plus vif éclat, et jusqu'à cette versification la plus souple, la plus pittoresque, la plus suggestive qu'ait peut-être connue notre langue. Et que dire de ses autres poésies, celles-ci d'un élégant et exquis badinage, celles-là d'une touchante sensibilité, toutes chargées de bon sens, de bonhomie spirituelle, et toujours écrites dans une langue simple et saine. Il y a d'ailleurs chez lui a une plénitude de poésie » qui s'épanche jusque dans ses œuvres en prose, mais avec cette mesure et cette discrétion qui sont encore la marque de son génie et qui en font un de nos plus classiques écrivains.