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Le GRONDEMENT DE LA MONTAGNE

 
[Yama no oto]. Roman de l'écrivain japonais Yasunari Kawabata (1889-1972), publié d'abord par fragments dans différentes revues littéraires à partir de 1949, puis remanié pour l'édition définitive (1954). Pour décrire la vie d'une famille japonaise typique, avec ses soucis et ses drames, l'auteur de Pays de neige  nous propose une succession d'images, autour d'un personnage principal toujours présent : le père.

Un soir, le père croit entendre un bruit lointain, mais obstiné et terrifiant : « Grondement de la montagne », se dit-il. Simple bourdonnement d'oreilles ? Signe de la vieillesse en tout cas, de cette vieillesse qui précède la mort. Il ne réagit pas. Son mariage n'a pas été heureux. Mais là non plus il n'a pas jugé nécessaire de réagir. Son fils, lui, à peine marié, a déjà une maîtresse. Une sympathie délicate naît entre le père et la belle-fille, qui supporte le poids de sa tristesse avec un courage admirable. A tout prix, ils veulent sauvegarder cette sympathie, qui leur semble le bien le plus précieux qui leur reste. Cependant, les drames se multiplient autour d'eux. Cette fois, le père devrait réagir, passer à l'action. Or, au moment précis où une décision doit être prise, l'histoire se termine.

Dans ce roman, les  signes sont nombreux : le bruit de la montagne qui annonce la vieillesse, un marron qui tombe, comme il en était tombé un autrefois, au moment du mariage malheureux. Ainsi, chaque signe se rattache à une impression, à une réminiscence précise, et revient par intermittence dans cette œuvre à la manière d'un thème musical. En ce sens, l'ensemble peut ressembler à une longue suite de poèmes en prose, ou encore à une accumulation de séquences cinématographiques. De petites scènes y défilent, représentant chacune une parcelle de la vie quotidienne. Elles peuvent paraître insignifiantes. La description ne quitte jamais le domaine du réel, et le procédé adopté relève d'un classicisme éprouvé. Mais cet ensemble apparemment disparate est régi par une vérité interne. Si une image est présentée, c'est uniquement en fonction de ce que ressent à propos d'elle le personnage central. L'évolution des images suit celle de sa pensée. Seule la sensibilité extraordinaire de l'auteur réussit à faire parler ces fragments, à les intégrer dans une chaîne qui exclut la moindre incohérence psychologique, malgré l'apparente confusion. Une impression indéniable de vérité se dégage à la lecture, et on s'aperçoit alors que l'on a affaire à une composition romanesque parfaitement structurée.