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L’ANNEAU DE SAKUNTALA.

Drame hindou en sept actes connu en général en Europe par le nom de son héroïne : Śakuntalā sous le titre de l’anneau de Śakuntalā ou la reconnaissance de Śakuntalā. C'est le chef-d’œuvre de Kālidāsa, le plus grand poète classique de l'Inde. On ignore l'époque exacte où vécut Kālidāsa, comme d'ailleurs celles des autres grands écrivains hindous, malgré et peut-être à cause des légendes qui se sont accumulées autour de leurs personnes. Certains érudits ont essayé de prendre comme date la période allant de 350 à 550 : d'autres pensent que Kālidāsa est un contemporain du roi Candragupta II (375-414).
Pandits hindous, critiques européens, artistes et poètes, tous s'accordent pour reconnaître dans le drame de Kālidāsa la pièce la plus belle du théâtre hindou. La légende de Śakuntalā appartenait au patrimoine poétique et narratif traditionnel conservé par le Mahābhārata et par les Purânas. Mais Kālidāsa, en puisant dans ce récit anonyme, l'a transformé et lui a donné la marque de son génie poétique : grâce à sa forte, brillante et originale personnalité. Il a composé un drame immortel.

Voici le contenu de cette pièce : le roi Dushyanta arrive au cours d'une chasse près de l'ermitage de Kanya et il y rencontre Śakuntalā, fille adoptive de l'ascète, mais fille, en réalité, du sage Visvamitra et de la nymphe Menaka. Dushyanta, embrasé par une passion ardente pour la jeune fille, il la prend pour femme selon le rite gandharva (consentement mutuel des futurs époux). Au moment de repartir pour la ville, il lui laisse, comme gage de son amour, une bague. Toute préoccupée à la pensée de son époux, Śakuntalā néglige de rendre les honneurs légitimes à l'ascète Durvasas qui lui prédit qu'elle sera oubliée par l'homme qui habite son cœur mais de suite, il adoucit cette prédiction sinistre en ajoutant qu'en voyant la bague, Dushyanta se rappellera des événements passés. L'ascète Kanya estimant qu'il serait convenable pour Śakuntalā, d'aller se présenter à son époux, la jeune fille abandonne l'ermitage où elle a grandi ; dans une scène où s'expriment des sentiments pleins de beauté, elle dit adieu à sa forêt, aux êtres et aux choses aimées. Dushyanta ne reconnaît pas Śakuntalā et lorsqu'elle veut lui montrer sa bague, elle s'aperçoit, avec stupeur, qu'elle ne l'a plus ; sans doute l'a-t-elle égarée. La malheureuse femme délaissée est transportée par sa Mère divine, Menaka, dans une forêt où elle met au monde Bhârata. Mais voici qu'entre temps un pêcheur a trouvé dans le ventre d'un poisson la fameuse bague il la donne au roi Dushyanta qui se rappelle aussitôt son passé ; rongé par le remords, il part à la recherche de Śakuntalā. Il rencontrera tout d’abord son enfant Bhârata puis Śakuntalā qu’il gardera comme épouse et il reconnaitra leur enfant.

Sakuntala

Śakuntalā est un des premiers ouvrages de la littérature sanskrite qui furent connus en Europe (1789, dans la traduction anglaise de William Jones ; traduit en allemand par Georg Forster. elle fut lue par Herder et Goethe ; ce dernier a exprimé son admiration par ces distiques célèbres :
«Veux-tu les fleurs du printemps et les fruits de l'automne,
veux-tu ce qui séduit et ce qui charme, ce qui nourrit et ce qui rassasie,
veux-tu exprimer le ciel et la terre, par un seul mot ?
Je dis Śakuntalā et j'ai tout dit
».

Il est facile d'imaginer quel effet devait produire un tel ouvrage à l'époque de l'apogée du romantisme, de l'adoration de la nature, époque où l'on était extrêmement attentif à tout ce qui arrivait de l'Orient mystérieux : Goethe puisa dans le prologue de Śakuntalā l’inspiration pour le prologue de son Faust. Schiller admira profondément cette pièce. Mais transplanter, sur nos scènes européennes, des pensées et des thèmes si éloignés de nos conceptions était une tentative vouée à l'échec. En effet les adaptations allemande, anglaise et française de ce drame, et même le drame musical d'Alfano qui pourtant n'a pas suivi la trame du récit hindou, n'eurent aucun succès.