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ULYSSE

Roman de James Joyce, écrivain irlandais de langue anglaise (1882-1941). Composé entre 1914 et 1921, dans trois villes qui suggèrent déjà quelque « odyssée ». — Trieste, Zurich, Paris, — cet ouvrage fut publié pour la première fois par Shakespeare and Company en février 1922. A l'exemple de Dubliners, les tirages suivants subirent les feux de la censure anglo-saxonne : des 2 000 exemplaires imprimés en octobre 1922 par « The Egoist Press 500 furent brûlés par les Postes de New York ; et des 500 copies sorties des mêmes presses en janvier 1923, 499 furent saisies par la douane de Folkestone. Les obscénités qui émaillent ce gros livre servirent d'aliment à cette malveillance. C'est finalement en 1929, après avoir découragé une dizaine de traducteurs, que ce roman vit le jour en version française par les soins de MM. Auguste More Stuart Gilbert et Valery Larbaud. Roman. Une nouvelle traduction est proposée par les Éditions Gallimard à l'instigation de Stephen James Joyce, le petit fils de l'écrivain, de Solange Joyce, son épouse et d'Antoine Gallimard.
L'action d'Ulysse se passe en un seul jour, à Dublin. Le personnage principal est un petit employé juif, légèrement pervers, Léopold Bloom (Ulysse) dont la femme Marion (Pénélope) le trompe. Stephen Dedalus, jeune irlandais poète, est Télémaque. Rien n'arrive d'extraordinaire au cours de cette journée du 16 juin 1904. Bloom et Dedalus errent dans la ville, vaquant à leurs affaires, et se retrouvent le soir dans un bordel. Chaque épisode correspond pourtant à un épisode de «L’Odyssée» d'Homère. Si la trame est simple l’ouvrage de 1000 pages est tout de même atrocement compliqué avec un style difficilement compréhensible, et il faut une bonne culture générale mais aussi homérique pour en comprendre les subtilités d’autant plus qu’aucune clef est fournie.
 A peine est-il possible d'enfermer un tel livre dans les cadres d'un genre. En vérité. Ulysse inaugure une forme d'art participant autant de la légende, de l'élégie, de l'épopée, du récit, de l'histoire, de l'essai, du pamphlet ou du reportage que de la farce, du drame, de l'almanach, de l'oratorio, de la symphonie, de l'opéra ou du traité de cosmographie. C'est assez dire la prodigieuse diversité de ses effets. De la première à la dernière page, cent styles se succèdent, apparaissent et disparaissent, s'entrecroisent, se répondent et se confondent. Une constante métamorphose anime toutes aortes de langages, du sublime à l'argotique, du scientifique au judiciaire, du descriptif au démentiel, du théâtral au religieux. Par exemple, le seul chapitre VII, consacré à l'éloquence journalistique, ne comprend pas moins de 96 figures de rhétorique le chapitre XI imite, par la sonorité de ses vocables, ses échos, ses onomatopées, une fugue « per canonem » comportant trilles, rondo, staccato, presto, glissando, martellato, portamento, pizzicati le chapitre XIV reproduit, par une succession de pastiches, le développement de la langue anglaise, du bas saxon au slang américain. Ainsi de suite. Pareille maîtrise a de quoi stupéfier, et par là James Joyce égale assurément les Dante, Rabelais. Shakespeare. Cervantès, Goethe, Hugo et autres  «princes du verbe». Et cependant, pour déroutante qu'elle soit, cette richesse ne laisse point de s'ordonner en une stricte unité. Ni le chaos, ni le hasard n'y trouvent grâce. Il n'est pas une image, pas un accord, pas une nuance de cette composition qui n'obéisse à des lois précises, des rapports bien calculés, de très savantes intentions.
Le premier principe qui concilie des éléments aussi divers est la technique même de l'ouvrage : le monologue intérieur. C'est bien à tort qu'Édouard Dujardin a pu se croire l'inventeur de ce style étrange. On en trouve maintes traces chez Homère, dans les tragédies grecques, les moralités du Moyen-âge et particulièrement les soliloques du théâtre élisabéthain. Pour s'en tenir au roman, cette forme tient déjà un rôle considérable chez Gogol et Dostoïevski où elle traduit, à force d'incohérences, d'à peu près, de répétitions, le langage de la subconscience. Dès 1890, Knut Hamsun l'utilisait largement dans la Faim, et durant le temps même où Joyce écrivait Ulysse, Arthur Schnitzler perfectionnait le procédé dans son Lieutenant Gustl. Mais il reste qu'avant Joyce personne n'avait songé que ce mode d'expression pût gouverner un livre entier, ni pressenti ses ressources, ses conséquences, ses variantes, sa profondeur psychologique. La parution d'Ulysse marque donc — dit Jean Cazaux — « une date décisive dans ce qu'on pourrait appeler l'irruption de l'endophasie dans la littérature » (Surréalisme et Psychologie, Ed. J. Corti, 1938). Caractérisé par la bizarrerie, voire l'absence de ponctuation, la simplification extrême, l'omission de mots-clés, le monologue joycien se propose d'épouser, dans ses moindres démarches, cette obscure pensée où se mêlent nos songes, nos rêveries, nos obsessions, nos souvenirs, n importe, pour bien comprendre une telle tentative, de la rapporter à ses prétextes historiques. Toute la psychologie, depuis le romantisme, tient dans la découverte progressive d'un univers mental irrationnel, prélogique, onirique, non-euclidien si l'on peut dire, dont les travaux de James, de Bergson, de Janet, de Freud, de Jung, de Lévy-Bruhl devaient spécifier les aspects et les propriétés. Logiquement, toutes découvertes en ce domaine ne pouvaient que révolutionner les thèmes et les structures esthétiques. Ce souci d'exprimer ce que Dostoïevski nommait prophétiquement Pt esprit du souterrain » se manifeste, vers 1920, sous deux formes assez différentes : l'écriture automatique et le monologue intérieur. La fortune qu'a pu connaître ce dernier chez des écrivains aussi éminents que Virginia Woolf, William Faulkner et Thomas Mann montre assez qu'il répond à un besoin culturel enraciné dans l'économie de notre époque. Ainsi, loin de constituer, comme on l'a prétendu, une invention spontanée, saugrenue, la technique d'Ulysse s'insère dans un courant d'idées qui aboutit, en science, — à la psychanalyse, en peinture et en poésie, — au mouvement surréaliste. « L'exemple de Joyce — écrit encore Cazaux — met en pleine lumière ce qu'on pourrait appeler le drame de la littérature contemporaine, résultant d'un dessein nouveau et singulièrement ambitieux : celui de vouloir poser hors de la conscience, comme un objet, un moment humain dans sa totalité Mais c'est surtout à son symbolisme que ce livre doit une unité quasiment classique. On sait, depuis la conférence de Valery Larbaud qu'Ulysse est une manière de parodie, de version moderne de l'Odyssée . Des surprises que l'entreprise réservait, bon nombre sont devenues familières. Nul ne s'étonne plus que l'action se déroule eu un seul jour (le jeudi 16 juin 1904) en une seule ville (Dublin), que les personnages ressuscitent les héros homériques : Ulysse (Léopold Bloom), Télémaque (Stephen Dédales), Calypso et Pénélope (Molly Bloom), Nausicaa (Gertie Mac Dowel), Circé (Bella Cohen), etc., ni que leurs faits et gestes rappellent, comme des allégories, les épisodes de la légende. Par son plan, d'ailleurs, cette œuvre s'apparente étroitement à celle d'Homère, puisqu'elle comprend un prélude en trois parties correspondant à la Télémachie, douze chapitres centraux concordant avec les aventures d'Ulysse, et un finale, le Nostos, répétant les trois divisions du prélude. Ainsi construit suivant une parfaite symétrie, ce livre évoque encore l'image d'un temple grec, d'une cathédrale, d'une loge maçonnique où, à mesure que nous Progressons vers l'opisthodome, l'autel, le siège du vénérable, nous pénétrons un monde de plus en plus ésotérique. En un sens, lire Ulysse tient de l'initiation ; mais cette révélation que Dédains recevait au sortir du labyrinthe, c'est ici tant à son verbe qu'à la patience du lecteur que Joyce en a confié le soin.

Le roman s'ouvre par une prière du matin reprenant celle qu'Homère adresse aux Muses, et Télémaque à sa bienfaitrice Athéna. Dans une tour à Sandymount, au sud de la baie de Dublin, Stephen et son ami Mulligan contemplent le soleil se levant sur la mer, se rasent et déjeunent en compagnie d'un Anglais. L'heure suivante nous fait assister à la leçon d'histoire que Stephen dispense dans une école des environs, leçon suivie d'une controverse avec le directeur touchant les finances, la politique, les maladies du bœuf, les Juifs et l'avenir de l'Irlande. Séparé en deux thèmes distincts, l'épisode nous remémore les deux voyages de Télémaque : chez Nestor à Pylos, chez Ménélas à Lacédémone. Troisième et dernier chant de cette Télémachie : à midi, Stephen s'en revient vers la ville, longeant la mer, plongé dans une méditation dont les flux et reflux ressemblent aux métamorphoses de Protée. Au chapitre IV entre en scène le protagoniste, dont nous allons suivre jusqu'à la fin les pérégrinations : Léopold Bloom, alias Ulysse, alias le Juif errant, etc. L'histoire, qui recommence ici à huit heures du matin, nous le révèle d'abord dans la situation du roi d'Ithaque chez la nymphe Calypso. Il prépare benoîtement le breakfast qu'il va porter à son épouse ensommeillée, cantatrice sur le retour, toute occupée à jouir d'avance du rendez-vous galant qu'elle vient d'accorder à son impresario, « le bouillant Boylan ». A dix heures, après s'être soulagé les entrailles en méditant sur la littérature, Bloom se dirige, au fil de rues dont pas une vitrine, pas un passant, pas une rumeur ne nous est épargnée, vers une poste où il retire, sous le nom d'Henry Fleury, la missive d'une mystérieuse Martha. Chemin faisant, il projette l'achat de terrains en Orient, rencontre un importun, achète une savonnette qui ne le quittera plus et accomplira de proche en Proche une odyssée particulière, entre dans une église à l'instant d'une eucharistie rappelant les pratiques somnifères des Lotophages, pour échouer enfin dans un établissement de bains où nous l'abandonnons à des contemplations inavouables.

Ce premier voyage se prolonge, au chapitre VI, par une traversée de la ville, du sud au nord, en direction du cimetière de Glasnevin. Bloom, entouré de Simon Dédains. Martin Cunningham. John Henry Menton, Ned Lambert et autres Achéens, assiste aux convoi, service et inhumation d'un certain Dignam ou, pour mieux dire, d'Elpénor. L'enterrement figure, en effet, la célèbre descente à l'Hadès du chant XI de l'Odyssée : les canaux et la Liffey représentent les quatre fleuves des Enfers, un mendiant Tirésias, un croque-mort Cerbère, un inconnu Max, le conservateur Pluton, etc. Vers midi, la compagnie se retrouve dans les bureaux d'un quotidien, « L'homme libre », antre des vents et fausses nouvelles. Bloom salué, puis rabroué, par le patron, c'est Ulysse accueilli, puis malmené par Éole. Les anecdotes que Joyce rapporte alors, en une suite d'articles retraçant l'histoire de la presse, fourmillent d'allusions aux déboires du navigateur, de son fils, de ses amis, au chant, à la publicité, à la théologie, à l'art oratoire, à la justice, aux courses, à l'histoire nationale, aux sports, à l'aviation... L'ensemble se lit exactement comme un journal. Mais une heure sonne. Bloom, en quête d'un restaurant, erre à nouveau dans les rues, y croise une dame Breen, nourrit des mouettes, et finit, au comptoir d'un café, par se sustenter d'un sandwich et d'un verre de Bourgogne. Les métaphores alimentaires qui pullulent en ces pages font songer au cannibalisme féroce des Lestrygons. Et voici que les ragoûts dont le fumet inspirait ce récit se changent, au chapitre suivant, en nourritures spirituelles. A trois heures, dans une bibliothèque. Stephen expose à quelques intellectuels sa conception d'Hamlet et du drame shakespearien. Discussion s'ensuit, ponctuée d'un discret passage de Bloom entre deux portes. La dialectique qui régit les propos va louvoyant entre Platon et Aristote, le conformisme et l'avant-garde, le vice et la vertu, comme Ulysse entre Charybde et Scylla. Derechef, nous voici dans la cité où les Rochers Flottants d'Homère se transforment en Dublinois circulant dans différents quartiers. Le Père Conmee S.J., Corny Kelleher, les sœurs Dédains, Boylan, Artifoni et maints autres passent et repassent en un vaste cortège qui se résorbe, à la fin, en celui du vice-roi. Et le chapitre XI nous conduit dans la demeure des Sirènes, les barmaids Miss Douce et Miss Kennedy, à l'« Osmond Bar » où, sur le coup de quatre heures. Léopold Bloom enfin déjeune. L'atmosphère musicale, les chansons, les rires ne parviennent pourtant point à le distraire de sa hantise : à cette heure, l'odieux Boylan se hâte vers le lit de l'infidèle Pénélope. Cette infortune déjà cuisante, s'aggrave, une heure plus tard, dans une taverne, lorsqu'un butor désigné comme le Citoyen, et qui n'est autre que le Cyclope Polyphème, prend à partie notre héros, l'insulte, le bafoue et l'expulse en lui lançant, une caisse de biscuits. Désemparé, penaud, Léopold s'en va ruminer sur la plage où caquettent des péronnelles, les compagnes de Nausicaa. Leurs ébats ne tardent guère à l'émouvoir au plus intime de son anatomie. Non sans perversité, la jeune Gertie lui offre en spectacle « les secrets de ses petits tiroirs », de sorte qu'à la faveur du crépuscule notre ami rivalise avec les fusées du feu d'artifice. Détumescence. La nuit vient. Les jeunes filles de la grève s'éloignent. Bloom décide, pour finir la soirée, de rendre visite à la Maternité où une connaissance, Mme Purefoy, vient d'accoucher de deux jumeaux. Par hasard, Il rencontre là Stephen, fortement éméché, menant joyeux train parmi les carabins et infirmiers. Cette scène, la XIVe, évoque le massacre des bœufs d'Hélios et le fatal festin des compagnons d'Ulysse. Au grand complet, la bande se rue vers le quartier de perdition, les bordels de Mabbot Street, près de la gare. Le chapitre XV nous y transporte, dans une sorte de cauchemar et d'apothéose. Le plus formidable déploiement de symboles accompagne ce finale qui, présenté sous forme de tragi-comédie, tient de la messe noire, du sabbat, de la kermesse, de l'orgie, du meeting, du Songe d'une nuit d'été, de la Walpurgisnacht et de la Tentation de saint Antoine. Au terme de cette fantasmagorie, réglée par la magicienne Circé, les deux acteurs essentiels, Bloom d Stephen, se retrouvent, se reconnaissent comme Ulysse et Télémaque, et désormais unis s'acheminent vers le palais d'Ithaque, vers la patrie reconquise, 8 Eccle's Street.

Reproduisant la disposition des trois premiers chapitres, les trois derniers nous content ce retour du héros, sa victoire sur les prétendants et son entrée chez Pénélope. Comme dans la cabane d'Eumée, à l'« Abri du Cocher', père et fils devisent, écoutent les vantardises d'un marin débarqué de Chine et du Pérou, lisent le journal, grignotent des gaufrettes et se disposent à gagner le lit hospitalier. Le chapitre XVII, rédigé comme un catéchisme, passe en revue les événements de la journée et, tirant les conclusions qui s'imposent, dresse un système de l'univers, du temps et de la vie. Cette odyssée, qui trouve ici ses dimensions cosmiques, commence à se dissoudre dans l'espace, le rêve, et n'a plus qu'à s'achever sur un immense monologue de Mme Bloom, réveillée par la rentrée tardive de son mari et qui, ne pouvant retrouver le sommeil, voit défiler en sa tête des myriades d'images peu à peu se perdant dans les astres, la nuit, les âges de la Terre. « O et la mer la mer écarlate quelquefois comme du feu et les glorieux couchers de soleil et les figuiers dans les jardins de l'Alameda et toutes les ruelles bizarres et les maisons roses et bleues et jaunes et les roseraies et les jasmins et les géraniums et les cactus et Gibraltar quand j'étais jeune fille et une fleur de la montagne oui quand j'ai mis la rose dans mes cheveux comme les filles Andalouses ou en mettrai-je une rouge oui et comme il m'a embrassée sous le mur mauresque je me suis dit après tout aussi bien lui qu'un autre et alors je lui ai demandé avec les yeux de demander encore oui et alors il m'a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de la montagne et d'abord je lui ai mis mes bras autour de lui oui et je l'ai attiré sur moi pour qu'il sente mes seins tout parfumés oui et son cœur battait comme fou et oui j'ai dit oui je veux bien Oui ».
Si complexe semble-t-il, le symbolisme d'Ulysse est encore loin de se réduire à ces correspondances. Bien plus qu'une parodie. Joyce a voulu nous livrer une somme de la culture occidentale, une conception de l'homme dont Ulysse représente justement l'archétype. C'est ainsi qu'en dehors de son contenu homérique, chaque section de ce livre s'ordonne en fonction d'un lieu, d'un organe du corps, d'une discipline, d'une couleur, d'un thème et d'une technique d'écriture. Empruntons à l'essai de M. Stuart Gilbert, James Joyce's Ulysses, le résumé de ces multiples concordances :
O : Acteurs - lieu - discipline - couleur - symbole - style :
 I : Télémaque - tour - théologie - blanc et or - héritier - narration (jeune).
II : Nestor - école - histoire - brun -cheval - catéchisme personnel.
III : Protée -plage - philologie - vert - marée - monologue mâle.
IV : Calypso - maison - rein - économie -orange - nymphe - narration (âge mûr).
V : Lotophages - bain - parties génitales - botanique et chimie - eucharistie - narcissisme.
VI : Hadès -cimetière - cœur - religion - blanc et noir - pompes funèbres - incubisme.
VII: Éole - journal -poumons - rhétorique - rouge - éditeur - enthymème.
VIII : Lestrygons - lunch - œsophage -architecture - constables - mouvements péristaltiques. IX : Charybde et Scylla - bibliothèque -cerveau - littérature - Stratford-on-Avon et Londres - dialectique.
X : Rochers Flottants -rues - sang - mécanique - citoyens - labyrinthe.
XI : Sirènes - Osmond Bar - oreille - musique -bronze et or - barmaids - fugue « per canonem ».
XII : Cyclopes - taverne - muscle - politique -Sinn Fein - gigantisme.
XIII : Nausicaa - rochers -œil et nez - peinture - gris bleu - vierge - tumescence et détumescence.
XIV : Bœufs d'Hélios -hôpital - utérus - médecine - blanc - maternité -développement embryonnaire.
XV : Circé -bordel - appareil locomoteur - magie - prostituées — hallucination.
XVI : Ruinée - café - nerfs -navigation - marins - narration (vieille).
XVII : Ithaque - maison - squelette - science - comètes -catéchisme impersonnel.
XVIII : Pénélope - lit -chair - terre - monologue femelle.
Quant à la philosophie de cette histoire, elle tourne toute autour d'une conception mystique de la paternité, qui explique peut-être le choix d'un héros juif comme figure centrale du mythe. Derrière la réunion de Bloom-Ulysse et de Stephen-Télémaque, il faut sans doute voir la résolution de tous les dualismes naturels : le père et le fils, l'esprit et la chair, le jour et la nuit, l'univers et l'individu, l'un et le multiple, etc. Ainsi Joyce vient clore une aventure immense de la pensée et, par-delà les conflits, les déchirements, nous restituer le sens de l'unité, de l'éternité et de notre Parenté profonde avec le monde. Malgré ses sarcasmes, ses équivoques, ses amertumes. Ulysse reste en définitive le livre de la joie, le plus bel éloge de l'Homme.