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POUR QUI SONNE LE GLAS.

Roman publié en 1940 par l'écrivain nord-américain Ernest Hemingway (1898-1961). Cette œuvre, qui peut passer pour la somme de l'idéalisme des intellectuels des années trente et de leur besoin d'engagement et de rachat, fut le premier grand succès populaire de son auteur qui, justement, passait pour s'y « racheter » de son ancienne réputation de cynisme.

Le livre a pour cadre la guerre d'Espagne. Robert Jordan s'est engagé dans l'armée républicaine et, comme on l'a chargé de faire sauter un pont stratégique, il a rejoint un maquis dans la région de Ségovie. Ce maquis est dominé par la figure de Pilar, incarnation de l'Espagne et de sa volonté de liberté. Les hommes : Pablo, mari de Pilar, Augustin, Fernando, le Gitan, Rafael et Andrès, sont des personnages secondaires. Mais il y a aussi Maria, une jeune fille que Pilar a sauvée après qu'elle ait été violée par les franquistes. Jordan partage la vie du maquis et tombe amoureux de Maria. La mort plane. Pilar, Jordan et Maria la sentent toute proche. Il leur faut donc vivre en quelques jours toute la vie. L'amour suspend le temps, la solitude et la mort ; il tire de leur proximité une intensité bouleversante qui ouvre le fond du corps, de la nature et des choses. Les franquistes cependant attaquent et déciment le maquis voisin. Jordan comprend que faire sauter le pont ne servira à rien, toutefois l'état-major décide l'offensive. Jordan accomplit sa mission mais se casse une jambe au cours de l'opération. Il ordonne aux autres de fuir et reste seul à la lisière de la forêt. Il attend l'ennemi. Il voudrait vivre mais il accepte sa mort parce qu'elle servira quand même à quelque chose.

Cette fois, Hemingway a renoncé à la sécheresse efficace qui lui était habituelle. Ses pages versent dans un lyrisme qui, s'il nous restitue parfois le mouvement même de la « condition humaine » dans le jeu de l'amour et de la mort, aboutit trop souvent au romantisme sentimental.