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La FAIM

La Faim  [Sult] est un roman de l'écrivain norvégien Knut Hamsun (1859-1952), publié en 1890.

Un homme marche dans les rues. Il crève de faim. Journaliste, chassé d'une chambre qu'il n'a pas payée, il écrit dans les squares des articles que les journaux lui prennent de temps à autre. Quand l'article est publié, c'est un moment d'espoir, une chambre pour quelques jours, quelques dîners. Puis reviennent les jours et les semaines de détresse physique et morale, de désespoir complet. Une rencontre avec une femme s'ébauche, courte et passionnée. Une patronne d'hôtel traite le jeune homme en vagabond. La faim presse. Le journaliste se fera marin et quittera la ville. La ville, c'est Christiania, mais ce pourrait être une autre ville. Ce roman pur de toute intrigue n'est nullement naturaliste. On n'y trouve aucune couleur locale. Aucune intention sociale non plus : bien qu'il souffre, le héros n'attaque point la société, non plus qu'il ne songe à la réformer. Résigné le plus souvent, sa seule protestation, c'est à Dieu qu'il l'adresse. Knut Hamsun a donc réduit au minimum l'action des personnages et du milieu : il ne nous dit même pas ce qui a réduit à l'indigence l'affamé. Il semble qu'autour de son héros la faim dresse une sorte de barrière, qui chasse de l'âme du malheureux les choses et les gens. La faim le fortifie dans sa solitude. Ce roman est donc tout psychologique : analyse minutieuse des expériences physiques et spirituelles d'un garçon doué autant qu'on peut l'être pour la poésie, plein d'ambition, mais qui manque de tout moyen de subsistance et incapable d'y remédier. Le seul ressort de l'action, c'est toujours la faim, à savoir l'expression la plus immédiate de la misère. Le déroulement de ce thème unique est traité avec une extrême lenteur, de telle manière que le lecteur est bientôt aussi accablé que le héros l'impression pourrait vite devenir fatigante, insupportable, mais le style d'Hamsun, l'alternance du lyrisme et de la mélancolie, tiennent le lecteur constamment en haleine. Sans doute le roman est-il autobiographique, mais pour une part assez limitée. Le caractère du héros n'est pas très défini : il semble, en effet, avoir souvent perdu le contrôle de lui-même ; associations d'idées extraordinaires, phantasmes, impulsions bizarres se pressent pour lui donner l'angoisse de la folie. Cet état de dépression physique pourrait laisser croire chez lui que la volonté manque. Mais la ténacité avec laquelle il poursuit son effort littéraire prouve qu'il n'en est rien. La faim, au reste, ne balaye pas tout en lui : c'est une nature fière, aristocratique, exempte pourtant d'orgueil, car il sait évaluer, sans les grossir, ses propres mérites. Révolté certes et agressif, il lui arrive de l'être, mais ce n'est plus la raison qui parle alors : simplement cet instinct physique qui le porte à réagir, à vivre. Cette nature sensible se montre affectée par les sentiments d'autrui, et, en dépit de la violence de la sienne, il se trouve avoir compassion d'autrui. Ce livre, où une part si grande est faite au subconscient, à ces mouvements de l'âme que la raison ne contrôle plus, où l'homme apparaît radicalement seul, perdu dans une ville dépourvue de tout contour, qui n'est plus un être et qu'il n'est même plus possible de hier, eut une influence considérable sur la naissance du sentiment de l' « absurde qui marque la littérature du demi-siècle. Il semblé néanmoins que chez Hamsun, il n'y ait pas de « procédés de technique : la texture de son roman est pure de tout artifice. Si la littérature absurde peut trouver dans la Faim une de ses premières manifestations, elle possède chez Hamsun une sincérité, une chaleur et un naturel qui laissent loin derrière eux tout ce qu'on pourra faire par la suite.