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FONTENELLE


Bernard LE BOVIER DE FONTENELLE, né à Rouen en 1657, mort à Paris en 1757. Dans sa longue carrière d'homme de lettres. Fontenelle a connu tous les succès ; dans les salons où il fréquentait assidûment, notamment dans celui de Mme de Tencin, il avait fini par être comme une sorte de dieu de la c philosophie », universellement admiré et respecté. Son œuvre, considérable, est pourtant très inégale. Ses ouvrages proprement littéraires (une tragédie, Aspar ; des opéras, Psyché, Bellérophon, etc. ; des romans et œuvres diverses) sont médiocres ou mauvais.
Il y a de l'esprit, de l'ingéniosité, du talent dans ses œuvres morales, satiriques, polémiques (Dialogues des morts, 1693 ; Digression sur les anciens et les modernes où, dans la fameuse Querelle des anciens et des modernes, il prend, avec Charles Perrault, le parti des modernes).
Mais la partie essentielle de son œuvre est celle dans laquelle il a répandu la philosophie qui allait devenir, au moins jusqu'en 1760, celle du XVIIIe siècle. Le principe de cette philosophie est qu'il n'y a pas dans la vie et dans la littérature de vérité qu'on ne puisse comprendre et s'expliquer avec les « lumières de la raison ». Tout ce que la raison ne peut pas comprendre est faux. Fausse, par conséquent la religion ; et c'est ce que suggère adroitement l'Histoire des oracles (1687). Fausse ou sans intérêt la poésie, dont la raison n'arrive pas à expliquer le charme. Par contre, rien n'est plus admirable que les sciences expérimentales où tout se démontre raisonnablement. Fontenelle en a répandu le goût par ses Entretiens sur la pluralité des mondes (système de Copernic) [1686] et les Eloges des savants qu'il prononça comme secrétaire de l'Académie des sciences. Son succès lui vint d'ailleurs de son esprit comme de la clarté de son style. Il a été un nouvelliste scientifique d'un mérite incomparable. Spirituel avec bonhomie, il a tracé ses portraits d'académiciens avec un relief ineffaçable.