IN LIBRIS

BOUVARD ET PÉCUCHET.


Œuvre de Gustave Flaubert inachevée et dont la publication posthume eut lieu en 1881.
Deux copistes, Bouvard et Pécuchet, qui se sont rencontrés par hasard au cours de leur promenade dominicale, se découvrent des goûts communs et se lient d'une solide amitié qui illumine leur existence de vieux garçons solitaires. Un gros héritage échoit à Bouvard : il partage alors sa fortune avec son ami et tous deux se retirent à la campagne où ils achètent une propriété qu'ils entendent faire fructifier eux-mêmes : leurs premières expériences sont désastreuses. Estimant que leur ignorance est la cause de leur échec, ils étudient avec fièvre la chimie, la médecine, la médecine vétérinaire et la géologie ; ils donnent tous leurs soins et toute leur bonne volonté à ces études, mais cela ne suffit pas à empêcher l'insuccès et le découragement qui s'ensuivent régulièrement, ni à leur faire éviter le scepticisme.

Leurs tentatives en archéologie, en histoire et en littérature les rendent stupidement pédants. Ils essaient alors de la vie de société et de l'amour, mais ils doivent se rendre compte qu'ils ne sont faits ni pour l'une, ni pour l'autre. Ils veulent alors remonter aux principes, mais ils se perdent entre le magnétisme, le spiritisme et la philosophie : revenus de tout, ils pensent alors au suicide. L'appel de l'Eglise, la nuit de Noël, les sauve, mais là encore ils s'empêtrent dans des discussions religieuses. Après d'autres expériences (l'essai d'éducation rationnelle qu'ils tentent sur deux enfants abandonnés se termine en catastrophe), ne trouvant pas d'autre moyen d'occuper leur vie, ils se remettront à copier.

C'est une grosse farce philosophique, dans laquelle, bien que ses intentions ne soient pas toujours claires, Flaubert, a déversé tout son mépris pour l'esprit bourgeois. Toutefois cette satire semble ne pas s'attaquer seulement aux ridicules bourgeois, elle parait prendre à parti également la vanité intellectuelle fort répandue à l'époque de Flaubert et, en particulier, le culte de la science certains passages ne sont pas sans faire penser à l'expression vengeresse de Léon Daudet : le « stupide XIXe siècle ». Quoi qu'il en soit, le livre ne manque ni d'épisodes amusants, ni d'inventions savoureuses. Le premier chapitre, bien que teinté d'une ironie quelque peu féroce, n'en est pas moins une espèce d'hymne à l'amitié, les chapitres suivants sont d'une vivacité et d'une justesse de ton admirables malheureusement, la répétition du procédé crée assez vite une lassitude qui n'est rompue que par certaines inventions comiques. Finalement, au spectacle de tant de bonne volonté mise au service d'une si épaisse sottise et de l'exploitation éhontée de cette sottise par les autres, l'auteur s'émeut lui-même et s'attendrit. Ces deux personnages en viennent au cours de leurs expériences, à connaître des dégoûts et des mélancolies fort proches de ceux de Flaubert lui-même. C'est toutefois une œuvre de premier plan, sur laquelle on ne saurait prononcer de jugement définitif puisqu'elle est loin de l'achèvement. Outre la fin du récit, dont seule la trame nous est parvenue, il manque un second volume qui aurait contenu ce que les deux amis copiaient pour leur plaisir : peut-être le sottisier des grands et petits écrivains que Flaubert s'amusait précisément à composer : ou bien le « Dictionnaire des idées reçues » recueil de sentences conventionnelles que le romancier avait recueillies çà et la.