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DAUDET

Alphonse DAUDET, romancier français, né à Nîmes en 1840, mort à Paris en 1897. Après une jeunesse assez vagabonde il dut pour vivre accepter une place de maître d'études au collège d'Alais. Soutenu par son frère, Ernest, il vint à Paris tenter la fortune littéraire. Le recueil de vers les Amoureuses (1858) commença sa réputation. Il fut célèbre à partir de la publication des Lettres de mon moulin (1866). Il écrivit successivement le Petit Chose (1863), mémoires de sa jeunesse ; Tartarin de Tarascon (1872) ; Contes du lundi (1873) ; Fromont jeune et Risler aîné (1874) ; Jack (1876) ; le Nabab (1877) ; les Rois en exil (1879); Numa Roumestan (1881) ; l'Évangéliste (1883) ; Sapho (1884) ; Tartarin sur les Alpes (1835) ; l'Immortel (1888) ; Port-Tarascon (1890) ; la Petite Paroisse (1895) ; Soutien de famille (1393) ; deux volumes de souvenirs : Souvenirs d'un homme de lettres (1888) ; Trente ans de Paris (1888). La meilleure de ses pièces de théâtre est l'Arlésienne (1872) pour laquelle Bizet a écrit une belle musique de scène. Il fit partie de l'Académie Goncourt dès la fondation.
Alphonse Daudet appartient au groupe des romanciers réalistes et naturalistes, sans d'ailleurs s'être affilié nettement à aucune école. Il a voulu écrire des œuvres fondées sur une très exacte observation de la réalité, et même, comme disaient les naturalistes, des œuvres « documentaires ». Presque tous ses romans rappellent des anecdotes, parfois des scandales contemporains ; ce sont, dans une certaine mesure, des romans à clef.
Daudet lui-même nous a raconté comment l'histoire de Jack est l'histoire, plus ou moins arrangée, d'un jeune homme qu'il avait tenté d'arracher à sa triste destinée.
Dans le détail même de ses œuvres Daudet se propose d'être vrai, presque scientifiquement, sans rien laisser au caprice de l'imagination. Cette précision d'observation, ce souci de partir de la vie sont, dans une certaine mesure, la raison de ce qu'il y a de vivant et de vigoureux dans ses romans.
Mais ce n'est pas là l'originalité véritable de Daudet. Il a été beaucoup moins scrupuleux sur cette exactitude de l'observation et des documents qu'un Flaubert ou un Zola ; ou plutôt il n'a pas cru qu'il suffisait à un roman d'être exact pour être vrai. Les êtres et les choses n'intéressent pas Daudet en eux-mêmes ; il ne se pique pas d'être un observateur impartial, « objectif », de la vie. Il ne raconte que ce qui l'émeut, que ce qui touche profondément sa sensibilité. Et il est doué de la sensibilité la plus vive, la plus frémissante, d'une sensibilité presque maladive : sensibilité d'artiste qu'exaltent les beautés et les grâces des choses, qu'attristent les laideurs ; sensibilité humaine qui le fait haïr les méchants et les pervers, mais plus fréquemment encore plaindre les faibles et les coupables, défendre les victimes.
Enfin la vérité et l'émotion sont le plus souvent transformées, éclairées d'une lumière neuve par ce qui fait l'originalité la plus rare de Daudet et qui est presque indéfinissable : une sorte de grâce et de charme où il entre de l'esprit, un peu d'ironie émue, une sorte de faculté à saisir les gentillesses et les douceurs de la vie, même dans ses drames. Cette grâce de Daudet et cette ironie sont manifestes dans ces œuvres bien connues : Lettres de mon moulin, Contes du Lundi, Tartarin de Tarascon, Tartarin sur les Alpes, etc. Mais on les retrouve dans les plus graves de ses romans. Dans toutes ses œuvres ou presque, même dans celles qui sont profondément sombres, on trouve non pas une sorte de pessimisme amer, mais, au moins par éclaircies, comme les lumières heureuses de la vie. Malgré tout Daudet aime la vie, les tendresses, les grâces, les amusements de la vie.

Julie-Rosalie-Céleste DAUDET née ALLARD, femme d'Alphonse Daudet, née à Paris en 1844, morte à Chargé, près d'Amboise, en 1940. Elle fut souvent la collaboratrice de son mari, et écrivit différents ouvrages : Impressions de nature et d'art (1879) ; l'Enfance d'une Parisienne (1883) ; Fragments d'un livre inédit (1884) ; les Enfants et les Mères (1889). Reflets sur le sable et sur l'eau, poésies (1903) ; Miroirs et Mirages (1905) ; Au bord des terrasses, poésies (1906) ; Souvenirs autour d'un groupe littéraire (1909) ; les Archipels lumineux, poésies (1913) ; Lumières et Reflets (1919) ; Journal de famille et de guerre, 1914-1919 (1920) ; etc.