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LE DEUXIÈME SEXE.

 

Simone de Beauvoir
Simone de Beauvoir par David Lévine

Essai publié en 1949 par l'essayiste et romancière française Simone de Beauvoir (1908-1986). L'auteur s'efforce de définir la condition féminine actuelle, et dénonce le mythe de la féminité, qui, en parant la femme d'un charme qui n'est qu'un mirage de l'imagination, tente de lui faire accepter dépendance et passivité en face de l'homme. Elle montre que les limitations de la femme ne sont pas naturelles, mais résultent du droit et des mœurs. Le complexe de castration, par exemple, n'est frustrant qu’à travers la valorisation de la virilité, de l'activité et de l'indépendance chez le garçon, alors que la fille doit surtout plaire, tout en restant pudique et réservée. Dans l'érotisme, l'homme ne voit souvent que l'exaltation de sa virilité, sans égard pour l'individualité de la femme, pour sa jouissance. Il n'y a pas, entre les sexes, de relation de réciprocité, le terme d'homme désignant à la fois la masculinité et l'humanité dans son sens générique, la femme ne fait partie de cette humanité que secondairement et grâce au bon vouloir de l'homme. Si elle tente de dépasser sa condition par l'indépendance dans la profession ou la vie amoureuse, l'homme, menacé dans sa suprématie, s'efforce de compliquer cette accession à l'égalité. La femme doit alors se réfugier dans une passivité frustrante, ou dans une agressivité qui sont toutes deux inauthentiques, car ce sont des nécessités sociales, non des aspirations vécues. La femme est pour l'homme comme l’esclave pour le maitre : l'autre, qui doit accepter une infériorité dont la seule compensation est l'irresponsabilité. S. de Beauvoir retrace l'histoire de la condition féminine et l'aspect qu'elle prend chez divers écrivains (Breton, Claudel, Lawrence, etc.), pour montrer les rôles contradictoires et complémentaires que la femme assume ; épouse ou mère, dans le divertissement érotique ou la soumission, la réserve ou le libertinage, la vertu ou la prostitution, la femme est toujours définie par rapport à l'homme, non par rapport à elle-même. Mais l'évolution économique et sociale fait que la femme commence de conquérir l'indépendance sur le plan professionnel comme sur le plan amoureux. Si la femme indépendante est parfois forcée de s'affirmer sur le mode inauthentique du défi, c'est que l'évolution psychologique est en retard sur ce début d'émancipation. Seule l'égalité complète des sexes entraînera la liberté intérieure de la femme. Les deux sexes doivent abandonner le mirage de la féminité pour la réalité de la fraternité.