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LE COLONEL CHABERT.


Ce roman, publié en 1831, l'une des premières œuvres d'Honoré de Balzac, était destiné à faire partie de la Comédie humaine. Un jour, à Paris, peu d'années avant la chute de l'Empire, un jeune avocat reçoit la visite d'un pauvre vieillard, qui assure être le colonel Chabert, passé pour mort, dix ans auparavant, à la bataille d'Eylau, où il avait contribué à la victoire en conduisant une charge de cavalerie devenue célèbre. Le vieillard raconte comment, se réveillant dans un fossé entre des cadavres, avec une horrible blessure au crâne, et recueilli par des paysans, il put réussir à se guérir et à rentrer en France, après avoir connu une longue odyssée. Personne pourtant n'a voulu le reconnaître : sa femme, se croyant veuve et héritière de sa fortune, a épousé un comte de la Restauration, tandis que le colonel réduit à une extrême misère, passe pour fou vis-à-vis de tous ceux auxquels il s'est adressé en demandant du secours. Le jeune avocat le croit, l'aide et promet de plaider sa cause.

Comme la femme de Chabert craint le scandale, il réussit à la convaincre et arrive à une transaction : le colonel rentrera en possession d'une partie de sa fortune et il tentera une double action judiciaire afin d'obtenir en même temps l'annulation de l'acte de décès et celui du mariage. Mais ce plan ne convient pas à la femme, qui, misant sur l'amour que le colonel Chabert éprouve toujours pour elle et sur la noblesse de sentiments du vieux soldat, est sur le point de le persuader de continuer à faire le mort et à disparaître pour ne pas détruire son bonheur.

Une faute de tact de l'homme d'affaire provoque la réaction du vieux colonel. Il comprend que, dans son monstrueux égoïsme, sa femme le hait, tout en simulant pour lui affection et reconnaissance. Cette révélation éveille dans l'âme simple et loyale de Chabert un tel sentiment de dégoût, qu'il se retire volontairement, renonçant à tout, et devient un vagabond sans toit et sans nom. Douze ans plus tard, l'avocat le reconnaît sous l'aspect d'un vieil idiot, maniaque, traînant ses derniers jours dans un hospice.


Le talent de Balzac à créer des personnages plus vrais que la réalité, son style minutieux, coloré et énergique, la violence et la passion qu’il apporte dans ses analyses du cœur humain font de ce livre un chef d’œuvre.