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BALZAC

Honoré de BALZAC, romancier français, né à Tours en 1799, mort à Paris en 1850. Le vrai nom de sa famille était Baissa, et c'est son père qui commença à usurper la particule que le romancier adopta en 1836.
Elevé au collège des oratoriens de Vendôme, il vint jeune à Paris, où il mena, jusqu'à l'âge de trente ans, une vie singulièrement aventureuse, pleine de tâtonnements, d'efforts en sens divers, d'entreprises et d'avortements, entassant, de 1822 à 1828, volumes sur volumes, tantôt en collaboration, tantôt seul sous divers pseudonymes. Un moment découragé, il s'est fait éditeur, imprimeur, fondeur ; mais ces entreprises ne lui réussirent pas davantage et ne lui laissèrent que des dettes.
Et il revient à la littérature pour ne plus la quitter.
Le Dernier Chouan (1829) ouvre la série des ouvrages que Balzac a reconnus et signés de son nom. C'est son premier chef-d’œuvre. Vinrent ensuite la Physiologie du Mariage (1829), des nouvelles telles que : Gloire et Malheur, el Verdugo, la Maison du chat qui pelote, l'Auberge rouge, le Bal de Sceaux, enfin la Peau de chagrin, dont le succès fut complet. A partir de ce moment, grâce à un labeur opiniâtre, acharné, sa production littéraire fut d'une régularité étonnante : il travaillait dix-huit heures par jour, ne vivant guère que de café, se dérobant aux visites, se terrant en quelque sorte dans un des trois ou quatre domiciles qu'il avait à Paris, non toutefois sans se mêler à la vie de ceux-là mêmes qu'il voulait connaître.
Sans tenir compte des classifications qu'il imagina plus tard, quand il entreprit de relier les unes aux autres toutes les parties de la Comédie humaine, voici la liste chronologique de ses principaux ouvrages : la Vendetta, Une double famille, Etude de femme, Gobseck, la Grande Bretèche (1830) ; Madame Firmiani, Maître Cornélius, Un épisode sous la Terreur (1831) ; le Chef-d’œuvre inconnu, le Colonel Chabert, le Curé de Tours, Louis Lambert, la Femme abandonnée, l'Illustre Gaudissart, les Cent Contes drolatiques [ler dizain] (1832) ; le Médecin de campagne, Ferragus, Eugénie Grandet, Séraphita, les Employés, les Cent contes drolatiques [2e dizain] (1833) ; la Duchesse de Langeais, le Père Goriot, la Recherche de l'Absolu (1834) ; la Fille aux yeux d'or, Un grand homme de province (Illusions perdues), la Femme de trente ans [la fin en 1842], le Lys dans la vallée (1835) ; l'Enfant maudit, Facino Cane, la Vieille Fille (1836) ; le Curé de village, le Cabinet des antiques, César Birotteau, les Cent Contes drolatiques [3e dizain] (1837) ; Mercadet [pièce de théâtre] (1838) ; Pierre Grassou, Massimilla Doni, la Paix du ménage, Pierrette, Vautrin [drame] (1839) ; Z. Marcas, les Ressources de Quinola [comédie] (1840) ; Mémoires de deux jeunes mariées, Ursule Mirouet, Une ténébreuse affaire, Béatrix (1841) ; la Fausse Maîtresse Un ménage de garçon, Paméla Giraud [pièce de théâtre] (1842) ; la Muse du département, Honorine, Eve et David [fin des Illusions perdues], Splendeurs et Misères des courtisanes [1ère. partie] (1843) ; Modeste Mignon (1844) ; les Paysans, les Comédiens sans le savoir, l'Envers de l'histoire contemporaine (1845) ; Splendeurs et Misères des courtisanes [2e partie], Dernière Incarnation de Vautrin (1846) ; la Cousine Bette, le Cousin Pons (1847). — Postérieurement ont été publiés des contes ou des fragments inédits.
Dans les Correspondances [1876], l'homme y apparaît, peint par lui-même, avec une sincérité, une naïveté, une richesse de détails qui nous prennent et nous retiennent ; et, à côté de l'homme, tout un monde aussi. L'intérêt est donc considérable. Non moindre, encore que pour des causes assez différentes parfois, est l'intérêt des Lettres à l'Etrangère (1899-1906), c'est-à-dire à la comtesse Hanska qu'aima fortement Balzac et avec laquelle il finit par se marier en 1850), lettres complétées par une nouvelle série (Revue des Deux Mondes, 1920). Non moindre également l'intérêt de la Correspondance entre Balzac et Maitre Carraud (Revue des Deux Mondes, 1922), celui de la Correspondance avec le lieutenant-colonel Periolas (Cahiers balzaciens, 1923), celui de la Correspondance avec L. de Berny (Revue des Deux Mondes, 1921).
On demeure stupéfait devant un tel effort, un tel labeur et une telle réussite. Autant d'ouvrages, autant d'œuvres maîtresses, ou peu s'en faut : scènes plus ou moins amples — faites et refaites sur une première rédaction fiévreuse et sur les épreuves mêmes d'imprimerie, avec l'obstination d'un génie conscient de sa force — de l'immense drame, de la colossale épopée qu'est la Comédie humaine. Dans ces scènes de la vie privée, de la vie de province, de la vie parisienne, de la vie politique, de la vie militaire, de la vie de campagne, et, on peut ajouter, de la vie philosophique, vont, viennent, s'agitent, se démènent, grouillent une foule de personnages, riant, pleurant, jouissant ou souffrant, miroirs fidèles et pittoresques, et parfois en doubles et triples exemplaires, où viennent se refléter avec un relief saisissant toutes les classes de la société, toutes les conditions, toutes les professions, tous les tempéraments, tous les caractères, et par suite tous les ridicules, tous les travers, tous les vices, toutes les tares, toutes les passions, et jusqu'à toutes les qualités et toutes les vertus. S'est-il trop plu à la peinture des réalités vulgaires de l'existence, a-t-il fait à l'argent, à la soif de l'or » une place trop grande, a-t-il trop multiplié les personnages peu recommandables, cela se peut. En tout cas, ces personnages il les a animés d'une vie propre, d'une vie réelle : simples comparses de grands premiers rôles nous les voyons vivre leur vie devant nous. Leurs silhouettes se dressent devant nous inoubliables. S'il a parfois écrit trop vite, il a volontairement et admirablement su adapter ce style aux multiples personnages qu'il a présentés sur son théâtre, et aux multiples sentiments qu'il a voulu traduire. Il n'a pas de supérieur dans l'art du dialogue.
Son influence a été considérable. On a pu dire justement que tout le roman moderne dérive de lui. Il a ouvert la voie aux Flaubert, aux Goncourt, aux Daudet, aux Zola, aux Maupassant, et à maints autres.