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AUBIGNÉ

Théodore-Agrippa d’AUBIGNÉ, historien, littérateur, et capitaine calviniste, né près de Pons (Saintonge) en 1552, mort à Genève en 1630. Défenseur acharné du protestantisme, par la plume mais d'abord les armes à la main, il connaît une existence riche en aventures et en vicissitudes.
Calviniste ardent dès l'enfance, avant l'âge de dix ans il lisait le latin, le grec et l'hébreu. Envoyé à Genève étudier sous Théodore de Bèze, il revenait en France, combattait sous les drapeaux du prince de Condé. Distingué par Henri de Navarre, le futur Henri IV, il est de toutes les batailles, tombe aux mains des catholiques, est condamné à la décapitation et ne doit son salut qu'à son courage et à son sens de l'honneur, qui lui valent l'admiration du parti adverse. Il s'attacha peu après à la cause du roi de Navarre, et ne déposa plus l'épée qu'après l'avènement d'Henri IV, qu'il servit avec un dévouement absolu, sur les champs de bataille et dans les négociations.
Il paya sa rude franchise et son austérité calviniste de mainte disgrâce. Mais le roi, qui estimait sa loyauté et son caractère d'une fermeté indomptable, finissait toujours par lui pardonner. Déçu par l'abjuration du bon roi Henri, il se retire en Vendée et poursuit la composition de son grand poème épique, les Tragiques (commencé en 1577), auquel il se consacrera pendant près de quarante ans. Après la mort d'Henri IV, d'Aubigné passa plusieurs années dans la retraite, livré à la composition de ses ouvrages, dont le plus remarquable, pour sa riche documentation et son effort d'impartialité, est l'Histoire universelle depuis 1560 jusqu'en 1601 ; cet ouvrage fut condamné aux flammes. Réfugié à Genève (1620), il s'employa à la réparation des bastions de cette ville. Il fit d'abord grande figure à Genève, puis devint graduellement suspect et à Genève et à Paris, à cause du rôle politique qu'il aspirait de nouveau jouer, au début de la guerre de Trente Ans et par la sévérité des pamphlets qu'il ne cesse d'écrire contre le relâchement des citoyens. Condamné à mort en France pour la quatrième fois, il se remaria aussitôt, à 70 ans, avec une femme de haut rang et de noble caractère, Renée Burlamaqui. Sa dernière déception fut d'assister à l'abjuration du protestantisme par un de ses fils, Constant, qui sera le père de la future Mme de Maintenon.
On a encore de d'Aubigné le Printemps, recueil de ses premières poésies ; les Tragiques (1616), son œuvre capitale, poème satirique, d'une exécution inégale, mais d'une grande force d'inspiration et d'une énergie passionnée ; Tour à tour chant épique, poème pamphlétaire, satire virulente, les Tragiques offrent le tableau grandiose et pathétique d'une France déchirée par les factions et vouée au jugement terrible du Dieu vengeur. Composition baroque et style impétueux font de cet ouvrage le plus grand monument lyrique du XVIe siècle en France. Victor Hugo saura s'en souvenir lorsqu'il écrira les pages vengeresses des Châtiments (1853)
Il écrivit aussi un roman satirique plein d'esprit et non sans crudité : les Aventures du baron de Foeneste (1617). On a publié, longtemps après sa mort, sa propre biographie, sous le titre d'Histoire secrète d’Agrippa d'Aubigné, des Lettres, des œuvres mêlées, et la Confession du sieur de Sancy.